Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘Mediator’

Liens d’intérêt : une transparence à géométrie variable

Jeudi 23 mai 2013

complementaires

17 mois… Il aura fallu près de 17 mois à la France pour publier le texte mettant fin à l’opacité des liens d’intérêts entre médecins et labos pharmaceutiques. La loi sur la sécurité du médicament, votée en décembre 2011, prévoyait un décret imposant la transparence quant aux avantages accordés par l’industrie aux acteurs de santé. Il n’a été publié qu’hier. Le but n’est pas d’interdire tout rapport entre les uns et les autres, mais de faire connaître précisément les cadeaux (dès 10 euros) accordés aux médecins, même lorsqu’il s’agit d’un simple déjeuner. La mesure est rétroactive à janvier 2012, les informations seront publiées sur un site internet accessible à tous ; les contrevenants encourent 45000 euros d’amende.

Un traitement de choc ? Pas vraiment ! Si je me réjouis de cet effort de transparence, je regrette qu’il n’aille pas plus loin. La « culture de la transparence» voulue par Marisol Touraine connaît déjà un gros accroc puisque les rémunérations pour une prestation de service ou de conseil ne seront pas recensées dans les déclarations d’intérêt, alors que c’est un lien évident ! Il suffira donc à un labo de rémunérer un médecin pour son intervention lors d’un colloque à l’étranger, par exemple, pour contourner la question du cadeau et éviter d’avoir à le déclarer ! En oubliant une si large partie des liens entre médecins et industrie, le décret risque donc de susciter des effets pervers. Nul doute que les laboratoires sauront très vite faire contre mauvaise fortune… «  bon cœur » et s’adapter à cette nouvelle donne, pas si rigoureuse qu’elle n’en a l’air.

Autre bémol : le site internet recensant les liens d’intérêt aura la mémoire courte. Il ne conservera les informations que pour les 10 dernières années, et seules les données relatives aux 5 dernières seront accessibles. Une restriction très regrettable puisque le Mediator, par exemple, a été prescrit pendant 30 ans ! Le traitement du Docteur Touraine est-il dès lors à la hauteur de l’enjeu ?

Défiance vis-à-vis des médicaments : pourquoi ça te gêne Eric ?

Jeudi 13 décembre 2012

medicaments

La lecture de l’article du Parisien publié lundi a de quoi donner le vertige : le quotidien y fait état d’une bien moindre confiance des Français qu’auparavant dans les génériques et indique que les consommateurs ignorent que 80 % des médicaments génériques sont fabriqués en Asie. Comme Jean, Nadia, Denise et Eric, de nombreux internautes se sont indignés des prétendus risques sanitaires induits par ces médicaments à bas coûts. Méfions-nous des explications à l’emporte-pièce et rétablissons plutôt quelques vérités :

Il est trompeur d’opposer médicaments princeps produits en France et génériques fabriqués en Chine ou en Inde. De nombreux princeps sont fabriqués en dehors de l’Union européenne ; et les médicaments fabriqués en France peuvent l’être à partir d’ingrédients importés (c’est par exemple le cas du Doliprane) ! Il est plus trompeur encore d’assimiler médicaments importés et insécurité sanitaire. La provenance, déjà difficile à tracer, ne saurait être une garantie de l’innocuité d’un produit. Faut-il rappeler le triste exemple du Médiator « made in France » ? La sécurité sanitaire  exige des contrôles rigoureux, quels que soient le lieu de fabrication et le statut du médicament !

En tout état de cause, il est pour le moins surprenant de constater que la polémique autour des génériques est concomitante à une progression continue depuis 2000 de la part de marché de ces médicaments. Depuis quelques mois, le générique souffre ainsi de tous les maux : effets secondaires, matières premières non contrôlées, sans oublier l’argument tendance de la destruction d’emplois. Les avantages des génériques sont quant à eux largement tus, alors même qu’ ils permettent, dans un contexte des plus contraints, d’alléger les dépenses de l’Assurance maladie, ce qui peut contribuer à éviter de nouveaux transferts de charges sur les usagers. Enfin, la politique actuelle ne fait pas du générique l’alpha et l’oméga puisqu’il faut rappeler la liberté des médecins, qui doit être maintenue, de prescrire des princeps non substituables lorsque la situation d’un patient le nécessite.

Alors oui, je m’étonne de la tournure d’un débat où la passion semble prendre le pas sur la raison. Si la France n’est pas en avance s’agissant de la généralisation des génériques, ce n’est pas en cédant à des explications anxiogènes qu’elle rattrapera son retard. Bref, en matière de génériques, la France ne souffrirait-elle pas d’hypocondrie ?

Mediator : le fonds d’indemnisation est en place

Mercredi 7 septembre 2011

medicaments

Enfin ! Le 1er septembre, un fonds d’indemnisation a été mis en service pour réparer les graves dégâts provoqués par le Mediator sur la santé de milliers de patients. Le fonds, chapeauté par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, devrait permettre d’accélérer considérablement le processus. Si sa création va évidemment dans le bon sens, l’UFC-Que Choisir entend faire partie du conseil d’orientation qui en déterminera la politique, afin de s’assurer d’une indemnisation juste, équitable et rapide.

Le scandale du Mediator et l’inertie des autorités sanitaires ont profondément remis en question notre système d’évaluation du médicament. Le gouvernement vient de déposer un projet de loi qui affiche l’ambition de refonder le dispositif de sécurité sanitaire. Transparence quant aux liens d’intérêts, refonte de l’Afssaps, renforcement de la pharmacovigilance… Si la plupart des principes vont dans le bon sens –je ne regrette qu’une grande timidité concernant l’encadrement des visiteurs médicaux-, l’UFC-Que Choisir sera très vigilante quant à la mise en œuvre de ces promesses !