Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

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Concentration dans les télécoms, ou l’élaboration d’un dangereux puzzle inflationniste

lundi 22 juin 2015

téléphonieDepuis un peu plus d’un an, on assiste, pièce après pièce, à la construction d’un paysage dans le domaine des télécommunications où se profilent à un horizon pas si lointain les nuages sombres de hausses marquées des prix aussi bien pour les services mobiles que pour l’Internet fixe. La nouvelle tombée hier d’une offre de rachat de Bouygues Telecom par SFR/Numericable ne saurait donc me laisser indifférent.

Il s’agit en effet d’une étape décisive d’une concentration du secteur et à cet égard probablement d’un tournant majeur quant au maintien à moyen et long terme d’une intensité concurrentielle propre à assurer des prix compétitifs aux consommateurs.

Comme l’UFC-Que Choisir le présentait l’année dernière, le rachat de SFR par Numericable n’était donc qu’un premier coup de semonce d’un mouvement de concentration de grande ampleur qui engendre de nombreuses préoccupations qu’il convient de lister.

Sur le mobile tout d’abord, ce retour à une structure du marché à trois opérateurs est porteur de craintes tant l’expérience passée en France est prégnante dans nos souvenirs : ententes entre opérateurs pour geler les parts de marché (et donc ne pas mettre en place une véritable concurrence par les prix), condamnation en conséquence desdits opérateurs à une amende de 534 millions d’euros en 2005 par le Conseil de la Concurrence pour ententes illicites, prix en France 25 % plus élevés que chez nos voisins européens… Autant d’éléments qui justifiaient l’attribution d’une quatrième licence mobile dont l’impact positif n’est aujourd’hui plus à démontrer.

Il me semble aussi indispensable de souligner que cette concentration fait peser des menaces au moins analogues sur l’Internet fixe. En effet, en un peu plus d’un an nous passerions de 5 à 3 opérateurs, en perdant au passage celui qui se proposait depuis peu d’être l’agitateur du marché de l’Internet fixe (Bouygues Telecom). Cette contraction rapide du nombre d’offreurs risque dans un premier temps de faire disparaître du catalogue les offres les plus avantageuses financièrement et de mettre à moyen/long terme en branle une hausse marquée des prix de l’Internet fixe, dans un contexte où les opérateurs auraient beau jeu de justifier cette hausse par l’arrivée de la fibre optique.

Une fois ces peu réjouissantes perspectives mises en évidence, il convient d’évoquer les façons de prévenir leur apparition.

Sur le mobile tout d’abord, deux éléments spécifiques apparaissent. Il est indispensable que ce retour à trois n’isole par Free Mobile en le mettant en face de deux mastodontes. Pour cela, une répartition équitable des fréquences et des antennes s’avère indispensable. Ensuite dans l’hypothèse où les prix repartiraient à la hausse, il faudrait à nouveau envisager l’introduction d’une nouvelle licence mobile. Il serait souhaitable que les autorités de régulation anticipent les conditions d’attribution de ces fréquences pour que nous ne nous retrouvions pas dépourvus l’hiver inflationniste venu.

Sur l’Internet fixe, les conditions d’extinction du réseau cuivre (par lequel passent les offres ADSL) – sujet majeur que j’ai déjà eu l’occasion d’évoquer – doivent à l’évidence prendre en compte avec une acuité encore plus forte les risques de hausse des prix.

Plus généralement, il faut que toutes les mesures soient prises pour préserver une réelle intensité concurrentielle en favorisant les conditions d’accès d’opérateurs virtuels indépendant des opérateurs de réseau aux infrastructures mobiles et fixes.

Il faut donc que les autorités compétentes compilent et appliquent l’ensemble des mesures qui assureront la préservation de la concurrence : les sombres nuages qui se présentent doivent s’ancrer définitivement en arrière-plan du tableau, pour que l’intensité concurrentielle au service des consommateurs continue de briller.

Soldat Arcep… au rapport !

mardi 26 mars 2013

iphone

Un « scud » de plus. C’est en ces termes que le président de l’Arcep, le régulateur des télécoms, a commenté à l’occasion d’une conférence de presse « le vrai-faux rapport du gouvernement »  critiquant un « régulateur défaillant» et dont la presse s’était largement fait l’écho ces derniers jours… Il est vrai qu’après la tentative avortée d’instauration d’un commissaire du gouvernement au sein du collège et le serpent de mer que constitue la fusion CSA/Arcep, l’Autorité a l’habitude d’essuyer les critiques et velléités gouvernementales d’amoindrir son pouvoir… Objet de la critique du rapport: le quatrième opérateur, puisque le régulateur « n’a pas pu, ou pas voulu développer une véritable stratégie industrielle qui permette aux acteurs français de rester performants et compétitifs»! Après les attaques au vitriol d’Arnaud Montebourg et le rapport de Corinne Erhel stigmatisant les dommages de l’arrivée de Free sur le secteur des télécoms, ce rapport accuse de nouveau l’Arcep d’avoir pris une décision unilatérale privilégiant les consommateurs au détriment du secteur… Bah tiens ! Le président de l’Arcep, très flegmatique, a réagi en estimant -n’en déplaise aux pleureuses- que les 7 plaies d’Egypte ne s’étaient pas abattues sur le marché des télécoms et que l’arrivée de Free n’avait pas dynamité  le marché !

D’ailleurs, plutôt que de chercher à limiter le pouvoir du régulateur, le gouvernement serait bien inspiré de le renforcer. En effet, après l’enquête de l’UFC-Que Choisir dévoilant le manque criant de qualité de la 3G sur le réseau Free Mobile en itinérance, voilà que Challenges confirme notre constat. Le journaliste décrit son reportage à bord d’un « drive test », qui permet de mesurer les performances des antennes mobiles. Bilan : en itinérance, les différences de performances entre Free et Orange sont notables, alors même que Free utilise normalement le réseau d’Orange et devrait donc bénéficier d’une qualité de débit identique… Plus que jamais, il y a urgence à voir les pouvoirs publics créer un observatoire indépendant de la qualité de service afin d’avoir les opérateurs à l’œil… au lieu de chercher la paille dans celui du régulateur !

Free : l’attaque en règle… de X. Niel

vendredi 18 janvier 2013

iphone

Alors que l’UFC-Que Choisir vient de déposer plainte contre Free Mobile pour pratiques commerciales trompeuses, Xavier Niel n’a pas  manqué pas de réagir en jouant non seulement la carte de la victimisation, mais également en se lançant dans un faux procès à l’encontre de l’étude technique de l’UFC-Que Choisir. Il nous accuse ainsi de vouloir faire parler de l’UFC-Que Choisir sur son dos, à l’appui d’une étude périmée car datant de l’an dernier.

Encore une fois, c’est la vieille antienne du « Arrêtez de taper sur Free ! » qui résonne. Mais qui peut raisonnablement soutenir que nous nous acharnons sur Free ? L’UFC-Que Choisir a multiplié les actions contre les opérateurs historiques (…qui doivent rire jaune en apprenant qu’ils sont soit-disant épargnés par nous!). En 2005, l’entente entre les trois opérateurs a été sanctionnée par l’Autorité de la concurrence, suite à la saisine de… l’UFC-Que Choisir. Plus tard, l’association a été parmi les rares à soutenir et accompagner l’obtention de la quatrième licence par Free, et lutter contre les verrouillages du marché, notamment en attaquant l’offre « Open» d’Orange. Il n’existe donc pas de traitement particulier contre Free, au contraire Xavier Niel oublie sans doute que face aux dysfonctionnements en série de son offre mobile, l’UFC-Que Choisir a fait preuve de mansuétude au moment du lancement chaotique, et que l’association est montée au front pour défendre Free dans le cadre de la polémique des destructions d’emplois initiée par Arnaud Montebourg…

Mais quand, un an après le lancement de Free Mobile, la qualité promise de la 3G n’est toujours pas au rendez-vous pour les abonnés, l’UFC-Que Choisir ne peut rester les bras ballants ! Et n’en déplaise à Xavier Niel qui joue sur les mots à l’aube de cette nouvelle année, l’étude technique sur laquelle s’appuie notre plainte date effectivement de « l’année dernière » mais il se garde bien de rappeler qu’il s’agit de novembre et décembre 2012, soit à peine un mois…  Il est donc partial de voir dans notre politique un acharnement continu contre le groupe, qui viserait surtout à faire parler de nous. La seule chose que nous visons, c’est la défense des consommateurs qui se sont plaints en nombre auprès de nous de la qualité de la 3G de Free Mobile. Et j’assume pleinement le fait que, dans ce rôle, nous ne nous fassions pas que des amis.

Free : les politiques n’ont rien compris !

mardi 13 novembre 2012

portables

Le rapport rendu par la députée Corinne Erhel sur les communications électroniques dans le cadre du budget 2013 réserve une surprise de taille. On y lit que le marché des communications électroniques est en repli, et que cette situation est pour partie due à l’entrée du quatrième opérateur sur le marché mobile. Conséquence : baisse des revenus pour le marché, crise du secteur, destruction d’emplois. En clair, l’arrivée de Free en janvier dernier serait un drame pour l’industrie et l’emploi… Mais quand on examine la liste des personnalités auditionnées pour le rapport, ces conclusions étonnent beaucoup moins : on ne trouve quasiment que les syndicats et les opérateurs ! De consommateurs, point.

A l’arrivée, on cherche une nouvelle fois à nous faire croire que la concurrence est le pire des maux, et cela sans jamais se poser les bonnes questions :
-Où va l’argent économisé par les consommateurs ? Chez des fabricants de terminaux importés ?
-Où va l’argent des opérateurs, qui ont massivement investi dans leur réseaux en réaction à l’arrivée de Free (introduction de la DC-HSPA -3G+- et de la 4G)? Chez des fabricants d’équipement étrangers ? Tiens donc !

Et on voudrait nous faire croire que tout cela est la faute de Free, que c’est à cause de ce dernier si nos opérateurs historiques lancent des abonnements mobiles incluant un nouveau portable (importé) tous les ans ? Si les opérateurs préfèrent les équipements « réseaux » du chinois Huawei à ceux du franco-américain Alcatel Lucent ?

Mais qui peut croire à cette fable ? Je suis indigné par cette version des faits à laquelle je n’adhère en aucun cas ! S’il est vrai que des assurances doivent être prises sur la stratégie industrielle de Free, notamment sur la question des investissements effectués sur le réseau, n’oublions pas que son irruption a secoué un marché auparavant dominé par trois opérateurs dont la très bonne entente a économiquement pénalisé des millions de Français !

Le discours de Corinne Erhel n’est d’ailleurs pas sans rappeler les déclarations d’Arnaud Montebourg qui, après avoir largement salué l’arrivée de Free sur le marché, n’a de cesse aujourd’hui de se lamenter : « Comment donc avons-nous trouvé le génie de mener la concurrence du marché à un tel point qu’il s’autodétruit ? »… Voilà qui montre que si les politiques changent, le discours reste : Nicolas Sarkozy s’était en son temps déclaré défavorable à la quatrième licence, estimant que « le prix le plus bas n’est pas forcément le meilleur ». J’invite la nouvelle majorité à méditer cette paradoxale continuité !

Un nouveau règlement itinérance brouillé… ou brouillon ?

jeudi 8 mars 2012

standardsouverts

L’itinérance va faire l’objet d’un troisième règlement européen. Comme précédemment, de nouveaux plafonds tarifaires vont être définis, tirant les prix vers le bas. Si sur le papier les consommateurs ont toutes les raison de se réjouir, je suis bien forcé de pointer les tiédeurs et incohérences de ce projet.

Le Parlement européen propose de plafonner la minute d’appel à 15 centimes hors taxes, les SMS à 5 centimes HT et le mégaoctet à 20 centimes HT d’ici 2014. Certes, ça va dans le bon sens… Mais ça reste insuffisant, et surtout ça ne permettra pas de rallier l’objectif de la convergence des tarifs domestique et en itinérance pour 2015 !

Cet objectif est d’autant plus mis à mal que la Commission s’entête à mettre en place le découplage, c’est-à-dire la possibilité de choisir un autre opérateur à l’étranger. On comprend bien l’objectif (louable) de booster la concurrence. Mais ce remède me paraît complexe pour les consommateurs -un opérateur, un contrat et une facture par pays visité !- comme pour les opérateurs. Pire : elle contredit l’objectif d’un marché unique de la téléphonie dans toute l’UE ! Les opérateurs ne feront jamais converger les prix si deux marchés bien distincts obéissant à des règles différentes (règlementaires et concurrentiels) se dessinent.

Enfin, le règlement reste frileux aussi sur la généralisation du dispositif d’information sur le coût des consommations. Les opérateurs ont aujourd’hui l’obligation d’envoyer un SMS pour informer le voyageur des tarifs applicables dans le pays où il vient d’arriver, et de l’alerter lorsque sa consommation de données atteint les 50 euros. Mais cette information doit absolument être élargie à tous les services (voix et SMS inclus), y compris en national ! Allo, y a-t-il un peu de bon sens au bout du fil ?