Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘obésité’

Obésité : un rapport qui reste sur sa faim

mardi 20 septembre 2016

obesite

Cela fait plus de 10 ans que nous l’affirmons : avec plus de 30% de personnes en surpoids et 15% en situation d’obésité en 2012, le fléau de l’obésité est un problème bien réel en France et ses conséquences sont dramatiques en termes de santé publique alors même que l’impact des politiques publiques successivement mises en place demeure bien mineur. Ce n’est pourtant pas les propositions ou rapports qui manquent, mais plutôt leurs traductions pratiques et leur efficacité.

Ce n’est pas le Ministère de la santé mais bien celui de l’économie, par le biais de la DG Trésor, qui vient de publier une note sur les conséquences de l’obésité pour l’économie et les moyens de limiter celles-ci, dont la presse s’est fait l’écho avant que les ministres ne la balayent d’un revers de main. La réaction de Michel Sapin ne s’est en effet pas fait attendre. Le Ministre de l’Economie a rapidement repoussé l’idée d’instaurer la mise en place d’une taxe proportionnelle au niveau des calories ou à la qualité nutritionnelle d’un aliment. J’y vois là le symbole de la difficulté qu’ont les institutions à se saisir du sujet.

Toujours est-il que cette lettre comporte plusieurs points intéressants parmi lesquels figurent plusieurs demandes de l’UFC-Que Choisir. Il est ainsi rappelé que l’exposition des jeunes enfants aux publicités vantant des produits peu sains augmente de facto la consommation de ces produits. Ce constat rejoint notre proposition visant à encadrer le marketing de l’industrie agroalimentaire. Dans le même esprit, réduire la visibilité des ingrédients les plus néfastes pour la santé, limiter la taille des portions ou encore réaliser des campagnes de prévention spécifiques en fonction des besoins alimentaires de chacun sont autant de recommandations que je ne peux que saluer tant nous les avons encouragées par le passé.

Aussi, s’il y a peu de chances d’observer une révolution dans la lutte contre l’obésité avant la fin du quinquennat de François Hollande, une chose est sûre, c’est que l’UFC-Que Choisir, elle, n’entend pas lâcher le morceau et continuera d’œuvrer afin que les consommateurs aient accès simplement aux informations nutritionnelles qui pourront leur permettre de s’alimenter plus sainement et afin d’encadrer le marketing dont les plus modestes et les plus jeunes restent souvent les premières victimes. En espérant que les débats relatifs à l’élection ne nous conduisent pas trop rapidement à l’indigestion, voici un hors d’œuvre qui pourrait laisser présager quelques propositions intéressantes…

Qui a peur des perturbateurs endocriniens ?

vendredi 12 avril 2013

cosmetiques

S’il fallait faire un remake de Psychose en 2013, l’assassin se trouverait peut-être dans la douche cette fois ! Certes, les perturbateurs endocriniens ne tuent pas, ils se contentent d’exercer une action hormonale… y compris à des doses infimes. Mais après la publication de notre enquête sur la présence de perturbateurs endocriniens dans 66 produits cosmétiques et d’hygiène, il est probable que vous regardiez désormais votre gel douche ou votre déodorant d’un autre œil.

L’Organisation mondiale de la santé ou le Programme des Nations unies pour l’environnement considèrent les perturbateurs endocriniens comme une menace pour la santé et l’environnement. Leur impact sur la fertilité ou sur les troubles neurocomportementaux ont déjà de quoi inquiéter. A long terme, ils sont aussi soupçonnés d’induire certaines formes de cancer hormono-dépendants, mais aussi le diabète de type 2, la maladie d’Alzheimer ou l’obésité.

Mais les fabricants n’en ont cure, et ces substances ont littéralement envahi notre salle de bains ! Conservateurs, antibactériens, filtres solaires, émollients… Vous reprendrez bien un peu de triclosan (un conservateur susceptible d’agir sur la thyroïde) dans votre dentifrice ? Il vous sera en tout cas difficile de snober le propylparaben, que nous avons retrouvé dans 28 des 66 cosmétiques analysés. Et impossible de se fier complètement à l’étiquetage : si les molécules précisées dans certaines listes d’ingrédients ne se retrouvent pas toujours dans le produit, il arrive aussi qu’une substance non signalée soit décelée dans le flacon !

Sans compter que nous utilisons la plupart du temps plusieurs produits d’hygiène qui contiennent des substances dont les effets s’additionnent (gare à l’effet cocktail !). Ainsi, le triclosan a été trouvé dans des teneurs acceptables dans des dentifrices ou des déodorants pris isolément… mais la plupart des consommateurs utilisent ces deux produits, et bien d’autres encore !

Alors que la Commission européenne s’apprête à publier sa stratégie sur les perturbateurs endocriniens, une initiative appuyée de la France en la matière serait la bienvenue. L’approfondissement des recherches et un encadrement réglementaire plus strict (notamment sur les formulations et l’étiquetage) s’imposent… Sans pour autant céder à la psychose.

Les « chasseurs de normes absurdes » auront-ils la peau de l’équilibre nutritionnel dans les cantines ?

mardi 2 avril 2013

cantine

La charge est violente, mais au vu des déclarations et prises de position passées, prévisible: Alain Lambert et Jean-Claude Boulard, auteurs du rapport de la mission de lutte contre l’inflation normative qui vient d’être remis, le 26 mars, au Premier ministre, demandent l’abrogation du décret et de l’arrêté sur l’équilibre nutritionnel dans les cantines en les tournant en outre en ridicule… Si absurde que cela l’équilibre nutritionnel ?

Les rapporteurs reprochent aux textes d’être trop tatillons et de ne pas laisser d’autonomie aux collectivités. En fait ils constituent des lignes directrices pour les communes pour adapter l’équilibre nutritionnel à l’âge de l’enfant et rappeler la fréquence de consommation de certains aliments… Elémentaire me direz-vous ? Pas vraiment, dès lors que faute de texte règlementaire, les cantines scolaires ont essuyé durant 15 ans les foudres des autorités sanitaires (Conseil national de l’alimentation, agence de sécurité sanitaire) et de la société civile s’agissant de la qualité des repas ! Obtenu de haute lutte, le décret et l’arrêté de 2011 ont indéniablement eu un impact sur la qualité des repas servis dans les cantines. En effet, épinglées en 2005,  les écoles primaires publiques ont obtenu une moyenne de 15,2 à notre enquête 2013, rendue publique la semaine dernière, et sur les 12 communes qui avaient écopé de l’appréciation « médiocre » ou « mauvais », 11 décrochent l’examen 2013 haut la main avec une moyenne de 15,5 !

L’abrogation de ces deux textes signifierait, en clair, l’arrêt de mort du principe législatif de l’équilibre nutritionnel en le privant de ses outils de mise en œuvre. Comment l’admettre ? Dans le contexte de progression de l’obésité -18 % des enfants sont concernés-, les cantines sont, avec 50 % des élèves du primaire et les deux tiers des collégiens et lycéens qui les fréquentent, un passage obligé de la politique de prévention. Dans la chasse aux normes absurdes, le Premier ministre semble vouloir aller vite car il doit annoncer aujourd’hui les décisions que le Gouvernement mettra en œuvre pour alléger notre droit… L’UFC-Que Choisir entend bien lui rappeler que l’équilibre nutritionnel des enfants ne passe pas par ce régime normatif !

Pour des mesures poids lourds contre l’obésité

jeudi 7 février 2013

obesite

Quel est le fléau qui touche deux fois plus de personnes à l’échelle mondiale depuis 1980 (1,4 milliard d’adultes de plus de 20 ans) ? Qui fait 2,8 millions de victimes par an ? Et qui dans 20 ans pourrait bien concerner plus de la moitié de la population mondiale ? Ce fléau, c’est le surpoids. Lors du Forum économique mondial à Davos fin janvier, des experts ont appelé les pouvoirs publics à réagir enfin, estimant que le surpoids devait dorénavant être combattu au même titre que le tabagisme !

Depuis 10 ans, la politique française de lutte contre l’obésité peut se résumer à « beaucoup de bruit pour rien ». Voilà des années que je dénonce le laxisme des pouvoirs publiques qui se contentent des engagements de l’industrie. En France l’obésité concerne désormais 7 millions de nos concitoyens (en hausse de 76 % depuis 15 ans) ! Et cette hausse s’accélère nettement chez les 18-24 ans. L’heure n’est plus aux belles promesses mais à l’amélioration de la qualité nutritionnelle des aliments. Il faut aussi désamorcer le marketing promotionnel ciblant les enfants et renforcer l’information sur l’étiquetage. Manger bouger, c’est bien… Légiférer, c’est mieux !

L’huile de palme sur le grill

mercredi 21 novembre 2012

chips

Au vu des péripéties du budget de la Sécu (députés et sénateurs ont encore échoué, hier, à trouver un accord sur le texte), l’avenir du très médiatisé amendement « Nutella » semble compromis ! Dommage, car cette mesure adoptée par les sénateurs constituait enfin un pas dans le bon sens. Il s’agissait de quadrupler la taxe sur l’huile de palme, un ingrédient bourré d’acides gras saturés que l’on retrouve dans de nombreux aliments (et notamment le Nutella) : chips, margarines, barres chocolatées, céréales du petit déjeuner, gâteaux industriels… La mesure se voulait un appel aux fabricants à remplacer l’huile de palme par des ingrédients moins nocifs.

Mais les sénateurs auraient pu/dû aller plus loin en élargissant leur approche à d’autres nutriments. L’huile de palme est loin d’être la seule à poser problème. L’UFC-Que Choisir demande la création d’un signal prix clair pour les consommateurs visant à encourager la consommation d’aliments équilibrés, et à dissuader l’achat des produits trop gras, sucrés ou salés. Il n’est pas cohérent de conserver un taux réduit de TVA pour des produits qui ne sont en aucun cas de première nécessité, et qui constituent une des causes de l’épidémie d’obésité dans notre pays. Il faut rétablir une TVA à taux plein s’agissant de ces produits. Une idée qui, en cette période de vaches maigres, permettra aussi aux finances publiques de refaire du… gras !