Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘operateur’

La 4G pour pas cher… mais laquelle ?

mardi 10 décembre 2013

4g

A défaut de toujours assurer côté communications électroniques, il faut bien reconnaître qu’en matière de communication tout court, Free sait y faire. La semaine dernière, l’opérateur a une nouvelle fois défrayé la chronique en lançant son offre 4G au prix de la 3G, c’est-à-dire 19,99 euros (15,99 euros pour les abonnés Freebox), quand la concurrence propose au minimum 30 euros pour une offre moins complète. Bouygues a contre-attaqué (certains disent que Free, informé de son intention, lui aurait grillé la politesse) en annonçant hier la même nouvelle, sauf sur les forfaits bloqués et B&You -les clients B&You devront sans doute attendre 2014 pour profiter de la 4G au prix de la 3G… L’actu brûlante du jour c’est que Free a de nouveau fait une sortie sur le sujet en offrant la 4G même sur son forfait à deux euros (zéro euro pour les abonnés Freebox)… mais attention : au-delà de 50Mo par mois (tout juste de quoi visionner une vidéo!), l’abonné se verra facturer du hors-forfait –idem pour l’offre à 9,99 euros chez Bouygues. Si vous succombez à ces offres avec 4G incluse, gare à votre consommation de données, d’autant plus rapide que le débit est accru ! La baisse des prix annoncée risque dès lors de cacher une surchauffe en raison de ces seuils, plus vite dépassés avec la 4G qu’avec la 3G.

Une fois encore, Free excelle dans le rôle de trublion du marché, en exerçant une pression à la baisse des tarifs chez ses concurrents. Une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat ! N’en déplaise aux fans inconditionnels de l’opérateur, le rôle d’une association de consommateurs est cependant d’avoir un regard critique sur le service offert en regard de ce tarif. Et c’est là que j’émets des doutes. L’opérateur avance en effet que sa 4G est accessible dans plus de 1000 communes, accessibilité permise par seulement 700 sites 4G, chiffres qui sont très inférieurs à ceux évoqués par les trois autres opérateurs (début décembre Bouygues, Orange et SFR revendiquaient respectivement 5392, 3879 et 1013 sites 4G chacun).

Des éléments qui questionnent forcément –et pas seulement pour Free : pour chaque commune où la 4G est censée être accessible, quel est la surface réelle de couverture ? Est-il sincère d’annoncer « l’accessibilité » à la 4G dans une commune si elle n’est effective que sur une petite portion du territoire ? Enfin, les risques de congestion du réseau 4G sont inversement proportionnels à la taille des infrastructures réseau! Le problème, c’est que les consommateurs doivent être parfaitement informés de ces limites. Avec la 4G, les opérateurs téléphoniques promettent un saut qualitatif important par rapport à la 3G : gare aux promesses non tenues !

Comme pour la 3G, je demande à l’ARCEP la mise en place de critères de qualité de service minimale pour la 4G. Les monts et merveilles promis par la pub –vous ne pouvez pas y avoir échappé…- doivent se vérifier sur le terrain. Une opération-vérité qui ne peut que restaurer la confiance, donc être bénéfique aux opérateurs comme aux consommateurs. A bon entendeur…

Réactions d’Orange et SFR sur la 4G : je ne capte pas très bien !

jeudi 7 novembre 2013

antennerelais

Après la parution de l’enquête de l’UFC-Que Choisir sur la 4G, qui dénonce les performances du réseau largement inférieures aux promesses, Orange et SFR ont tenu à réagir. L’ennui c’est que les opérateurs répondent à tout… sauf aux critiques soulevées dans notre étude. Ils ne réfutent donc aucun des points qui ont justifié le dépôt d’une plainte par l’UFC-Que Choisir !

Orange affirme tenir ses engagements en termes de couverture de Paris. Alors pourquoi notre étude met-elle en évidence un décalage flagrant entre la carte de couverture de la capitale proposée par l’opérateur sur son site et la réalité des relevés ? L’opérateur fait mine de s’émouvoir des résultats (effectivement différents) présentés dans le dernier numéro de Que Choisir et ceux présentés mardi. Et pour cause, ils ne sont pas basés sur le même nombre de mesures : le magazine précise que, faute de temps (délais de mise sous presse), les taux d’accessibilité présentés se basent sur des mesures effectuées sur seulement 25% de la voirie. Les résultats complets présentés mardi prennent quant à eux appui sur des mesures quatre fois plus nombreuses effectuées sur 80 % de la voirie parisienne. Mais Orange fait semblant de ne pas comprendre…

SFR, pour sa part, évoque la « transparence » de sa communication sur les cartographies. Or notre étude confronte la carte de couverture (pour le moins flatteuse) présentée sur le site internet à nos relevés, plus critiques. SFR annonce des taux de couverture pour la fin de l’année… Nous sommes bien en fin d’année, mais la confusion entretenue par l’opérateur est bien peu compatible avec une information sincère des consommateurs !

Enfin, l’une des principales critiques de notre enquête est le caractère discriminatoire de la couverture 4G, les grandes villes étant bien garnies en antennes 2600 Mhz (capables d’assurer les débits élevés promis par les opérateurs) tandis que les zones moins denses sont couvertes par des antennes 800 Mhz (assurant un débit bien moindre). Orange se réfère à l’Agence nationale des fréquences (ANFR) pour affirmer que le nombre d’antennes 2600 Mhz en service est effectivement supérieur à celui des antennes 800 Mhz. Mais notre étude précise bien que cette discrimination 4G des villes/4G des champs se fera davantage sentir quand la 4G sera déployée dans des zones moins denses. Sans compter que la « caution ANFR »  doit être relativisée : le nombre d’antennes actives que présente l’agence provient… des déclarations des opérateurs. On n’est jamais si bien servi que par soi-même !

Cet été encore, itinérance rime avec vigilance !

vendredi 26 juillet 2013

roaming

Enfin, les vacances… Certains d’entre vous vont partir ou sont déjà partis loin de notre douce France. Cette année encore, je leur conseille d’être vigilants quant à l’utilisation de leur téléphone portable ! Certes, si vous partez dans l’Union européenne cet été, les tarifs ont encore baissé au 1er juillet. Comme chaque année, les plafonds des prix en itinérance dans l’UE diminuent… mais cette avancée reste limitée car les plafonds sont décorrélés des coûts réels. Il vous en coûtera encore jusqu’à 45 centimes par mégaoctet téléchargé, 24 centimes par minute d’appel donné, 7 centimes pour les appels reçus et 8 centimes par SMS envoyé (contre 70, 29, 8 et 9 centimes respectivement pour les plafonds 2012). Du mieux, certes… Mais le téléchargement d’un gigaoctet peut encore coûter jusqu’à 450 euros, les opérateurs ayant la fâcheuse tendance d’aligner leurs tarifs sur les plafonds !

Il ne tient qu’à Neelie Kroes de faire de ces calculs d’apothicaire une relique du passé : la commissaire doit en effet formuler, au mois de septembre, des propositions sur le marché unique des télécommunications. Je souhaite qu’elle aille au bout de cette idée et profite des vacances pour mettre en œuvre l’Europe des télécoms. Bonnes vacances à tous… Je vous donne, ainsi qu’à Neelie Kroes,  rendez-vous en septembre !!!

Hausse des prix de l’électricité : on paie d’abord, on voit après !

vendredi 12 juillet 2013

centralenucleaire

Cet été, il n’y a pas que le mercure qui s’emballe : les prix de l’énergie aussi ! Le tout nouveau ministre de l’Ecologie a l’art d’annoncer les nouvelles qui fâchent… Non seulement il a attendu lundi, 23h -soit plusieurs heures après la fin d’une réunion avec les associations de consommateurs- pour annoncer les détails d’une hausse de 5 % (méthode quelque peu maladroite), mais au-delà de la forme c’est le fond de l’annonce qui est le plus choquant : les tarifs de l’électricité vont augmenter de 5 % en 2013, mais aussi en 2014 (au lieu des 14 % suggérés début juin par la Commission de régulation de l’énergie). Et le ministre du Budget n’exclut pas une troisième hausse en 2015 !

Je dénonce cette fuite en avant tarifaire fondée sur… Les seules données d’EDF, qui se retrouve ainsi juge et partie. Au lieu de valider une nouvelle inflation, le gouvernement ferait mieux d’exiger –il n’est que temps !- un audit des coûts d’EDF par la Cour des comptes. Et quid du contrat de service public entre l’Etat et l’électricien, qui doit permettre de veiller à la maîtrise des coûts d’EDF et dont la réactualisation se fait attendre depuis 3 ans ? Philippe Martin a bien « évoqué » avec les associations l’un et l’autre lors de la réunion de lundi, mais en se gardant bien d’acter quoi que ce soit quelques heures plus tard !

Le gouvernement semble donc très pressé d’avaliser un nouveau réchauffement des prix, au lieu d’interroger le thermomètre. Pourtant, les arguments abondent en faveur d’un audit ! L’opérateur a aujourd’hui la totale maîtrise des données qu’il transmet à la Commission de régulation de l’énergie, qui n’a pas les moyens de vérifier. Or la réalité de l’évolution de certains coûts s’avère franchement suspecte d’après les rapports de la Cour des comptes : ainsi les salaires d’EDF ont augmenté en moyenne plus vite que dans le reste de l’économie. Et l’explosion de 30 % des coûts commerciaux depuis 2006 pose question, surtout de la part de l’opérateur historique !

L’exécutif vient donc d’infliger aux consommateurs pas moins de trois hausses successives qu’il est incapable de justifier objectivement. Pire : ces coups de fusil successifs n’exonèrent en rien les consommateurs d’un nouveau recours devant le Conseil d’Etat par les concurrents d’EDF (la précédente hausse de 2 % a déjà été attaquée et la décision se fait attendre). En cas d’invalidation, le rattrapage sera plus violent encore ! Bref : malgré le soleil de juillet, l’avenir est sombre sur le front des factures d’électricité…

Soldat Arcep… au rapport !

mardi 26 mars 2013

iphone

Un « scud » de plus. C’est en ces termes que le président de l’Arcep, le régulateur des télécoms, a commenté à l’occasion d’une conférence de presse « le vrai-faux rapport du gouvernement »  critiquant un « régulateur défaillant» et dont la presse s’était largement fait l’écho ces derniers jours… Il est vrai qu’après la tentative avortée d’instauration d’un commissaire du gouvernement au sein du collège et le serpent de mer que constitue la fusion CSA/Arcep, l’Autorité a l’habitude d’essuyer les critiques et velléités gouvernementales d’amoindrir son pouvoir… Objet de la critique du rapport: le quatrième opérateur, puisque le régulateur « n’a pas pu, ou pas voulu développer une véritable stratégie industrielle qui permette aux acteurs français de rester performants et compétitifs»! Après les attaques au vitriol d’Arnaud Montebourg et le rapport de Corinne Erhel stigmatisant les dommages de l’arrivée de Free sur le secteur des télécoms, ce rapport accuse de nouveau l’Arcep d’avoir pris une décision unilatérale privilégiant les consommateurs au détriment du secteur… Bah tiens ! Le président de l’Arcep, très flegmatique, a réagi en estimant -n’en déplaise aux pleureuses- que les 7 plaies d’Egypte ne s’étaient pas abattues sur le marché des télécoms et que l’arrivée de Free n’avait pas dynamité  le marché !

D’ailleurs, plutôt que de chercher à limiter le pouvoir du régulateur, le gouvernement serait bien inspiré de le renforcer. En effet, après l’enquête de l’UFC-Que Choisir dévoilant le manque criant de qualité de la 3G sur le réseau Free Mobile en itinérance, voilà que Challenges confirme notre constat. Le journaliste décrit son reportage à bord d’un « drive test », qui permet de mesurer les performances des antennes mobiles. Bilan : en itinérance, les différences de performances entre Free et Orange sont notables, alors même que Free utilise normalement le réseau d’Orange et devrait donc bénéficier d’une qualité de débit identique… Plus que jamais, il y a urgence à voir les pouvoirs publics créer un observatoire indépendant de la qualité de service afin d’avoir les opérateurs à l’œil… au lieu de chercher la paille dans celui du régulateur !