Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘publicité’

Fibre : le « raccordement » vers l’information claire et transparente reste à faire !

jeudi 31 mars 2016

fibre

Vendredi dernier est paru un arrêté dont l’ambition affichée est de règlementer la communication des opérateurs sur le très haut débit. Plus précisément, face à la kyrielle de technologies baptisées « fibre », il s’agit de permettre une distinction entre la « vraie » et la « fausse » dans les messages publicitaires et les documents commerciaux des fournisseurs d’accès à internet. La « vraie » fibre optique est celle qui va jusqu’au domicile de l’abonné (la technologie dite FttH). La « fausse » est celle dont le raccordement final est assuré par le câble (la technologie dite FttLA).

Si cette distinction est nécessaire, elle n’est pas pour autant suffisante. Elle est certes nécessaire car les différences de performances entre les technologies sont telles qu’il est judicieux de ne pas les amalgamer sous la seule appellation « fibre ». Mais elle ne saurait être suffisante pour deux raisons. Tout d’abord l’arrêté ne résout pas vraiment la problématique à laquelle il ambitionne de s’attaquer puisque les fournisseurs d’accès à internet proposant du FttLA auront encore la possibilité d’employer le terme « fibre » dans leur communication, en ajoutant à chaque fois la mention « sauf raccordement du domicile ». Si cette précision qu’impose l’arrêté ne constitue pas un recul, l’objectif de clarté n’est pas pour autant atteint.

Ensuite car cet arrêté ne s’attaque pas à un problème plus central correspondant à l’inadéquation entre les campagnes nationales de publicité des fournisseurs d’accès à internet concernant le très haut débit fixe et la capacité effective des consommateurs à souscrire aux offres vantées. En effet, aujourd’hui sur le territoire nombreux sont les consommateurs qui ne peuvent pas accéder au très haut débit et qui doivent se contenter d’un ADSL d’une bien piètre qualité. Si elle n’aurait pas permis de favoriser l’accès effectif de tous au très haut débit, l’obligation des opérateurs de préciser dans leurs campagnes publicitaires le taux d’éligibilité de la population à ces offres aurait au moins permis de comparer les opérateurs sur leur capacité à réellement offrir le très haut débit. Je note donc qu’il reste un sacré chemin avant que les consommateurs puissent bénéficier d’une information réellement pertinente sur les différentes technologies de l’internet et leurs réalités géographiquement variables…

Quoi qu’il en soit, l’UFC-Que Choisir restera vigilante quant à la bonne application de cet arrêté qui entrera en vigueur le 1er juin 2016 pour les publicités. Il conviendra notamment de voir si SFR, fournisseur d’accès à internet qui s’appuie majoritairement sur du FttLA pour ses offres très haut débit, choisira de rebaptiser sa BOX FIBRE en l’appellation peu sexy BOX FIBRE… SAUF RACCORDEMENT DU DOMICILE !

 

 

En 2013, Internet serait-il enfin neutre ?

vendredi 4 janvier 2013

netsousinfluence

Le zapping des publicités par Free avec la dernière version de sa Freebox Revolution (qui bloque par défaut les contenus publicitaires) réveille le débat sur la neutralité du net.

Hier, je saisissais l’Arcep des problèmes d’accès des Freenautes à YouTube (83 % de Freenautes ayant répondu à notre sondage de novembre s’en sont plaints) afin que la lumière soit enfin faite sur un dysfonctionnement d’autant plus préjudiciable aux consommateurs qu’ils paient pour un service dégradé et qu’ils ne sont pas prévenus à l’avance des difficultés de connexion. Sur ce point, l’UFC-Que Choisir a été entendue : l’Arcep a ouvert une enquête visant Iliad et Google sur les conditions techniques et financières d’acheminement du trafic. Mais comme le souligne l’actualité d’aujourd’hui, l’affaire Free/YouTube n’était donc bien qu’une illustration -aussi emblématique soit elle- du problème de neutralité des réseaux qui risquent de s’aggraver… Sous des airs séduisants, le blocage par défaut de la publicité revient ni plus ni moins à ce que l’opérateur choisisse ce que l’abonné peut/doit voir.

Les internautes ne doivent plus être pris en otage par les disputes entre opérateurs et sites internet. Plus que jamais les pouvoirs publics doivent donc agir en 2013 pour garantir aux consommateurs un accès à internet neutre et de qualité. Signez notre pétition! Et, bien évidemment, sentez-vous libre d’en faire la publicité! 🙂

La vérité sort… du cartable des enfants !

mercredi 15 décembre 2010

obesiteinfantile

Consternants ! Les résultats que vient de dévoiler l’UFC-Que Choisir sur l’alimentation des plus jeunes sont édifiants. Un an et demi après l’échec de la loi de réforme de l’hôpital, au cours de laquelle nous avons demandé –en vain– l’insertion de mesures visant à lutter contre l’obésité infantile, nos associations locales ont cherché à savoir quels goûters se trouvent dans les cartables de nos enfants. Elles n’ont pas été déçues… 76 % des aliments apportés à l’école sont trop gras ou trop sucrés : il s’agit de confiseries pour un tiers d’entre eux, de viennoiseries et de gâteaux (un quart) ou de biscuits gras ou sucrés (16 %).

Alors que l’obésité infantile touche près d’un enfant sur six en France, l’enquête démontre que les produits déséquilibrés ont toujours la cote au petit-déjeuner et au goûter. Logique : dans les placards et les frigos, la proportion de produits gras et sucrés consommés au petit-déj progresse de 17 % par rapport à 2006, pour représenter désormais 55 % de l’ensemble des produits relevés ; c’est pire à l’heure du goûter, où les aliments déséquilibrés bondissent de 25 % pour atteindre 64 % de l’ensemble. Or les enfants dont l’alimentation est la plus déséquilibrée sont, comme par hasard, ceux qui regardent le plus les pubs ! Et les spots pour les aliments gras et sucrés constituent aujourd’hui 80 % des publicités alimentaires diffusées durant les programmes pour enfants… et même 93 % durant les écrans « tous publics », regardés par un nombre d’enfants bien supérieur !

Le cynisme de l’industrie agroalimentaire n’aurait-il plus de limites ? Début 2009 pourtant, afin de s’épargner une réglementation contraignante, la profession avait signé une charte par laquelle elle s’engageait à modérer son impact publicitaire sur les enfants. L’UFC-Que Choisir fait aujourd’hui la preuve que le harcèlement nutritionnel des plus jeunes s’est aggravé. Puisque la parole de l’industrie ne suffit pas, il faudra bien se résoudre à légiférer !

Lutte contre l’obésité : un engagement de poids ?

mardi 25 mai 2010

enfantobese

Suite au rapport remis par Anne de Danne, Nicolas Sarkozy a annoncé vendredi un plan triennal de lutte contre l’obésité. Dans l’ensemble, les mesures sont tout à fait louables et prennent en compte le caractère multifactoriel de l’obésité : amélioration de l’alimentation scolaire et collective, encouragement de l’activité physique à l’école, dépistage et prise en charge de l’obésité infantile, lutte contre la discrimination des personnes concernées… Mais l’Elysée a totalement occulté les aspects consuméristes ! Rien sur les profils nutritionnels (des recettes moins grasses, moins sucrées, moins salées) ; le chef de l’Etat semble s’en tenir aux engagements volontaires pris par la filière. Or, alors que les enfants consomment actuellement de l’ordre de 100g de sucres par jour en moyenne (bien plus que les apports journaliers recommandés par l’OMS), les promesses des industriels feraient baisser ce chiffre de… seulement 1g ! Ridicule. Autre point faible du plan annoncé par le Président de la République : le marketing alimentaire. Le harcèlement nutritionnel reste massif durant les heures de grande écoute des enfants où se concentrent les spots pour les sodas, confiseries et fast-foods… L’Elysée ne semble pas décidé à mettre au régime la pression publicitaire !

Et puis, les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy restent très vagues. Rien n’est dit des modalités de réalisation effective de ces propositions ! Ainsi, comment sera mesurée la prévalence du surpoids et de l’obésité chez les enfants? Comment sera financée la prise en charge des personnes souffrant d’obésité ? On n’en sait rien ! Ce flou laisse planer de sérieux doutes sur une réelle volonté d’agir. Signe que tout ceci n’est pas la priorité des pouvoirs publics : les annonces de vendredi ont été faites par le biais d’un simple communiqué de presse… On est loin de la gesticulation médiatique autour de l’accord sur les marges. D’ailleurs, le gouvernement a-t-il les moyens de ses ambitions ? En ces temps de crise et de restriction budgétaire, les sommes allouées à la lutte contre l’obésité risquent, hélas, d’être bien maigres !

Alicaments : l’Europe allège les arguments marketing !

vendredi 23 avril 2010

alicaments

Coup de tonnerre sur le marché des produits laitiers : Danone vient de retirer ses demandes de labellisation santé, déposées sur les bureaux de l’EFSA (l’autorité européenne de sécurité des aliments) pour ses produits Activia et Actimel. Et annonce qu’il renonce à toute allusion à un bénéfice sanitaire précis dans les publicités concernant les deux laitages. Or, les deux spécialités représentent ensemble près du quart du chiffre d’affaires du groupe ! Le motif invoqué par l’industriel français ? « Manque de visibilité dans l’application du règlement européen sur les allégations santé ». Ne s’agirait-il pas plutôt d’une grosse crainte de ne pas obtenir d’avis favorable de l’EFSA ? Depuis la mise en place du règlement, l’EFSA vérifie que les arguments santé présents sur l’emballage d’un produit sont avérés par des preuves scientifiques. Or, en 18 mois, un millier d’avis ont été rendus… négatifs pour les trois-quarts !

Le volontarisme européen tombe à pic. Depuis quelques années, les alicaments pullulent dans nos rayons. Tel yaourt, telle margarine vous promettent sans fondement une belle peau, moins de cholestérol, bref une meilleure santé. Difficile de rester insensible face à de telles promesses. Surtout quand, ruse ultime, on nous parle de la santé de nos enfants ! Parler santé aux consommateurs est devenu ces dernières années l’argument massue de l’industrie agroalimentaire. L’Union européenne a été bien avisée de mettre de l’ordre dans ce bazar hétéroclite d’allégations nutritionnelles. L’enjeu : non pas interdire un produit, mais en modifier la communication. Ainsi, Unilever ne pourra plus vous encourager à acheter ses boissons au thé Lipton pour « stimuler vos défenses antioxydantes »… Reste une question cruciale : comme ces fallacieuses allégations ont permis aux industriels de pratiquer des prix élevés, leur éviction des emballages et du marketing emportera-t-elle un amincissement des prix en rayon ?

Plutôt que de transformer nos assiettes en prétendus « institut de beauté » ou « clinique dernier cri », l’industrie agroalimentaire serait bien inspirée d’offrir aux consommateurs la seule chose qu’on lui demande : rééquilibrer l’offre alimentaire en diminuant les taux de sucre, de matières grasses ou de sel dans les aliments !