Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

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Effacement : des critiques rappelées avec Autorité

vendredi 25 novembre 2016

on_off

Sorti par la porte, le gouvernement revient par la fenêtre en proposant un nouvel arrêté sur l’ »effacement » électrique aussi préjudiciable aux consommateurs que le premier qui avait été, à l’initiative de l’UFC-Que Choisir, censuré par le Conseil d’Etat. L’Autorité de la Concurrence vient d’ailleurs de rendre un avis au vitriol sur ce nouveau projet de texte, une alerte que le gouvernement serait bien inspiré d’entendre.

Concrètement, ce dispositif « d’effacement » consiste à ce que des opérateurs sollicitent les consommateurs d’électricité pour qu’ils désactivent via l’installation d’un boîtier, sur une période donnée leur chauffage et/ou chauffe-eau et ainsi éviter une saturation du réseau en période de pic. Cet opérateur est rémunéré en fonction du nombre de MWh ainsi effacé…  Si l’objectif poursuivi (la baisse de la consommation électrique, maintien du réseau) est louable, les modalités elles sont scandaleuses. En effet,  elles alourdissent injustement la facture de l’ensemble des consommateurs  qui sont appelés à supporter la charge financière du dispositif et elles s’avèrent en outre inefficaces, voire contre-productives. Selon l’ADEME, la baisse de consommation est ainsi nulle pour un chauffe-eau effacé et, au mieux, de 30 à 40% pour le chauffage…. L’ADEME va même plus loin en indiquant, qu’il existe un risque que les clients qui effacent leur chauffage électrique pendant la période indiquée par l’opérateur, utilisent des modes alternatifs de chauffage consommateurs d’énergie, voire émetteurs de CO2. Au final, loin de finaliser l’intérêt général, le mécanisme sert avant tout les intérêts financiers des seuls opérateurs d’effacement diffus au détriment des consommateurs…. mais aussi des fournisseurs et autres opérateurs d’effacement. En effet, le mécanisme tend à favoriser artificiellement les seuls opérateurs d’effacement diffus (ceux qui effacent les sites avec une faible consommation d’énergie) au détriment des fournisseurs d’électricité qui peuvent proposer des offres tarifaires différenciées en fonction des heures de la journée et des autres opérateurs d’effacement tertiaires (ceux qui effacent les sites avec des grosses consommation d’électricité).

Dans son avis, l’Autorité relève ainsi fort justement le risque de distorsion de concurrence, l’absence d’étude d’impact environnemental démontrant l’efficacité du dispositif, et en appelle à une refonte pour une meilleure prise en compte de la réalité des économies d’énergie opérées. Le gouvernement est prévenu… S’il entend s’obstiner sur ce projet, qu’il s’attende à nouveau à un recours devant le Conseil d’Etat pour que soit effacé ce dispositif d’effacement parfaitement inacceptable.

 

La 4G pour pas cher… mais laquelle ?

mardi 10 décembre 2013

4g

A défaut de toujours assurer côté communications électroniques, il faut bien reconnaître qu’en matière de communication tout court, Free sait y faire. La semaine dernière, l’opérateur a une nouvelle fois défrayé la chronique en lançant son offre 4G au prix de la 3G, c’est-à-dire 19,99 euros (15,99 euros pour les abonnés Freebox), quand la concurrence propose au minimum 30 euros pour une offre moins complète. Bouygues a contre-attaqué (certains disent que Free, informé de son intention, lui aurait grillé la politesse) en annonçant hier la même nouvelle, sauf sur les forfaits bloqués et B&You -les clients B&You devront sans doute attendre 2014 pour profiter de la 4G au prix de la 3G… L’actu brûlante du jour c’est que Free a de nouveau fait une sortie sur le sujet en offrant la 4G même sur son forfait à deux euros (zéro euro pour les abonnés Freebox)… mais attention : au-delà de 50Mo par mois (tout juste de quoi visionner une vidéo!), l’abonné se verra facturer du hors-forfait –idem pour l’offre à 9,99 euros chez Bouygues. Si vous succombez à ces offres avec 4G incluse, gare à votre consommation de données, d’autant plus rapide que le débit est accru ! La baisse des prix annoncée risque dès lors de cacher une surchauffe en raison de ces seuils, plus vite dépassés avec la 4G qu’avec la 3G.

Une fois encore, Free excelle dans le rôle de trublion du marché, en exerçant une pression à la baisse des tarifs chez ses concurrents. Une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat ! N’en déplaise aux fans inconditionnels de l’opérateur, le rôle d’une association de consommateurs est cependant d’avoir un regard critique sur le service offert en regard de ce tarif. Et c’est là que j’émets des doutes. L’opérateur avance en effet que sa 4G est accessible dans plus de 1000 communes, accessibilité permise par seulement 700 sites 4G, chiffres qui sont très inférieurs à ceux évoqués par les trois autres opérateurs (début décembre Bouygues, Orange et SFR revendiquaient respectivement 5392, 3879 et 1013 sites 4G chacun).

Des éléments qui questionnent forcément –et pas seulement pour Free : pour chaque commune où la 4G est censée être accessible, quel est la surface réelle de couverture ? Est-il sincère d’annoncer « l’accessibilité » à la 4G dans une commune si elle n’est effective que sur une petite portion du territoire ? Enfin, les risques de congestion du réseau 4G sont inversement proportionnels à la taille des infrastructures réseau! Le problème, c’est que les consommateurs doivent être parfaitement informés de ces limites. Avec la 4G, les opérateurs téléphoniques promettent un saut qualitatif important par rapport à la 3G : gare aux promesses non tenues !

Comme pour la 3G, je demande à l’ARCEP la mise en place de critères de qualité de service minimale pour la 4G. Les monts et merveilles promis par la pub –vous ne pouvez pas y avoir échappé…- doivent se vérifier sur le terrain. Une opération-vérité qui ne peut que restaurer la confiance, donc être bénéfique aux opérateurs comme aux consommateurs. A bon entendeur…

Réactions d’Orange et SFR sur la 4G : je ne capte pas très bien !

jeudi 7 novembre 2013

antennerelais

Après la parution de l’enquête de l’UFC-Que Choisir sur la 4G, qui dénonce les performances du réseau largement inférieures aux promesses, Orange et SFR ont tenu à réagir. L’ennui c’est que les opérateurs répondent à tout… sauf aux critiques soulevées dans notre étude. Ils ne réfutent donc aucun des points qui ont justifié le dépôt d’une plainte par l’UFC-Que Choisir !

Orange affirme tenir ses engagements en termes de couverture de Paris. Alors pourquoi notre étude met-elle en évidence un décalage flagrant entre la carte de couverture de la capitale proposée par l’opérateur sur son site et la réalité des relevés ? L’opérateur fait mine de s’émouvoir des résultats (effectivement différents) présentés dans le dernier numéro de Que Choisir et ceux présentés mardi. Et pour cause, ils ne sont pas basés sur le même nombre de mesures : le magazine précise que, faute de temps (délais de mise sous presse), les taux d’accessibilité présentés se basent sur des mesures effectuées sur seulement 25% de la voirie. Les résultats complets présentés mardi prennent quant à eux appui sur des mesures quatre fois plus nombreuses effectuées sur 80 % de la voirie parisienne. Mais Orange fait semblant de ne pas comprendre…

SFR, pour sa part, évoque la « transparence » de sa communication sur les cartographies. Or notre étude confronte la carte de couverture (pour le moins flatteuse) présentée sur le site internet à nos relevés, plus critiques. SFR annonce des taux de couverture pour la fin de l’année… Nous sommes bien en fin d’année, mais la confusion entretenue par l’opérateur est bien peu compatible avec une information sincère des consommateurs !

Enfin, l’une des principales critiques de notre enquête est le caractère discriminatoire de la couverture 4G, les grandes villes étant bien garnies en antennes 2600 Mhz (capables d’assurer les débits élevés promis par les opérateurs) tandis que les zones moins denses sont couvertes par des antennes 800 Mhz (assurant un débit bien moindre). Orange se réfère à l’Agence nationale des fréquences (ANFR) pour affirmer que le nombre d’antennes 2600 Mhz en service est effectivement supérieur à celui des antennes 800 Mhz. Mais notre étude précise bien que cette discrimination 4G des villes/4G des champs se fera davantage sentir quand la 4G sera déployée dans des zones moins denses. Sans compter que la « caution ANFR »  doit être relativisée : le nombre d’antennes actives que présente l’agence provient… des déclarations des opérateurs. On n’est jamais si bien servi que par soi-même !

Linky, des réponses qui sonnent CRE

lundi 14 octobre 2013
Hausse EDF

Après la parution de notre étude sur le surcoût engendré par la généralisation des compteurs Linky pour les abonnés, la Commission de régulation de l’électricité (CRE) a tenu à répondre. Je tiens à faire le point sur ses affirmations :

Linky, c’est gratuit
C’est ce qu’essaie de nous dire la CRE. En réalité, il est plus exact d’affirmer que la généralisation de Linky va s’effectuer sans surcoût direct, c’est-à-dire que le compteur évolué est gratuit à l’installation. Sauf que nous allons tous le payer via le tarif d’utilisation du réseau public d’électricité (TURPE), le coût de l’opération devant bien être compensé d’une façon ou d’une autre ! Si Linky était vraiment gratuit, les économies liées à la baisse du coût de gestion du réseau (disparition des relevés physiques, etc.) devraient revenir au consommateur et se traduire par une baisse du TURPE. Or ces gains de productivité vont au contraire servir à financer l’opération Linky. La réponse de la CRE (« Il n’y aura globalement pas d’impact sur la facture du consommateur ») prend ici tout son sens… Sans compter que l’absence de surcoût est conditionnée au respect des dépenses prévues par ERDF et la CRE, ce qui n’est pas garanti dans un tel projet !

Linky ne pose pas de problème d’adaptation des abonnements aux besoins réels
Selon l’UFC-Que Choisir, plus de la moitié des consommateurs ont un abonnement inadapté à la puissance réellement appelée. Linky risque de les contraindre à changer d’abonnement. Au-delà de la question du nombre de foyers touchés, Linky pose la question de l’adéquation entre les besoins réels et la puissance d’abonnement. Et je m’étonne de voir que la CRE ne répond que sur les «sous-abonnés», les «sur-abonnés» ne semblant pas constituer un problème. Je réclame donc une adaptation des abonnements, qui doivent être ajustés au plus près des besoins réels des ménages. La CRE annonce qu’il sera techniquement possible d’ajuster plus finement la puissance souscrite à la consommation… Reste qu’entre la faisabilité technique et la réalité, il y a un monde ! Il faut des engagements rapides sur ce point, car l’adaptation des grilles tarifaires va imposer une mutation des systèmes d’information des distributeurs et des fournisseurs qui doit être achevée à l’installation des compteurs !

Linky permet de maîtriser ses dépenses d’énergie
A voir ! L’information sur sa consommation est effectivement un premier pas vers les économies d’énergie… si on y a accès ! Dans 50 % des cas, le compteur se trouve en dehors du lieu de vie, ce qui en complique sérieusement la surveillance. Certes, avance la CRE, « les données seront consultables gratuitement sur un site internet ». Encore faut-il avoir internet ! Selon une étude de l’INSEE, en 2011 plus d’un tiers des ménages n’avaient pas d’accès à internet chez eux, pour des raisons budgétaires, d’âge ou de compétence. Résultat : une discrimination entre usagers du service public, ceux qui ont accès à leurs données de consommation et les autres. Ma proposition : que les foyers qui le souhaitent puissent être équipés sans surcoût d’un afficheur déporté leur permettant d’accéder facilement à l’information.

Bref, il reste beaucoup à faire pour confirmer l’utilité de Linky, dont la généralisation coûtera la bagatelle de 4 milliards d’euros…

Soldat Arcep… au rapport !

mardi 26 mars 2013

iphone

Un « scud » de plus. C’est en ces termes que le président de l’Arcep, le régulateur des télécoms, a commenté à l’occasion d’une conférence de presse « le vrai-faux rapport du gouvernement »  critiquant un « régulateur défaillant» et dont la presse s’était largement fait l’écho ces derniers jours… Il est vrai qu’après la tentative avortée d’instauration d’un commissaire du gouvernement au sein du collège et le serpent de mer que constitue la fusion CSA/Arcep, l’Autorité a l’habitude d’essuyer les critiques et velléités gouvernementales d’amoindrir son pouvoir… Objet de la critique du rapport: le quatrième opérateur, puisque le régulateur « n’a pas pu, ou pas voulu développer une véritable stratégie industrielle qui permette aux acteurs français de rester performants et compétitifs»! Après les attaques au vitriol d’Arnaud Montebourg et le rapport de Corinne Erhel stigmatisant les dommages de l’arrivée de Free sur le secteur des télécoms, ce rapport accuse de nouveau l’Arcep d’avoir pris une décision unilatérale privilégiant les consommateurs au détriment du secteur… Bah tiens ! Le président de l’Arcep, très flegmatique, a réagi en estimant -n’en déplaise aux pleureuses- que les 7 plaies d’Egypte ne s’étaient pas abattues sur le marché des télécoms et que l’arrivée de Free n’avait pas dynamité  le marché !

D’ailleurs, plutôt que de chercher à limiter le pouvoir du régulateur, le gouvernement serait bien inspiré de le renforcer. En effet, après l’enquête de l’UFC-Que Choisir dévoilant le manque criant de qualité de la 3G sur le réseau Free Mobile en itinérance, voilà que Challenges confirme notre constat. Le journaliste décrit son reportage à bord d’un « drive test », qui permet de mesurer les performances des antennes mobiles. Bilan : en itinérance, les différences de performances entre Free et Orange sont notables, alors même que Free utilise normalement le réseau d’Orange et devrait donc bénéficier d’une qualité de débit identique… Plus que jamais, il y a urgence à voir les pouvoirs publics créer un observatoire indépendant de la qualité de service afin d’avoir les opérateurs à l’œil… au lieu de chercher la paille dans celui du régulateur !