Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘sanitaire’

L’opération corned-beef

Mardi 16 avril 2013

cornedbeef

Après la pause pascale avec ses poules et lapins, le cheval revient au centre de l’actualité européenne. Le Royaume-Uni est confronté à un anti-douleur qui fait mal avec la découverte de traces de phénylbutazone, un médicament pour chevaux, dans du corned-beef. Le scandale de la viande, jusqu’ici savamment cantonné par les autorités européennes à sa dimension frauduleuse, prend aujourd’hui une dimension sanitaire. Car les animaux traités au phenylbutazone ne devraient jamais entrer dans l’alimentation humaine!

La Hollande est l’autre pays du scandale. Les autorités sanitaires locales ont retiré du marché quelque 50000 tonnes de viande de bœuf vendue par un grossiste, leur origine n’ayant pu être identifiée. Cette viande de bœuf, qui pourrait avoir été mélangée avec de la viande de cheval, a été cédée entre 2011 et 2013 à 370 acheteurs, dont des Français. Voilà qui prouve que certains fournisseurs ne respectent pas les règles européennes de traçabilité…

La position de la Commission, qui persiste à ne voir dans cet énorme scandale que la faute de quelques fraudeurs isolés mais aucune faille dans le dispositif général de traçabilité, devient intenable. L’exécutif européen ne peut plus freiner des quatre fers quant à la mise en place d’un dispositif contraignant pour une information sur l’origine nationale de la viande. Si elle veut que la mesure soit adoptée avant les élections de mai 2014, il y a même urgence à l’inscrire au menu…

Les agents de la DGCCRF, une espèce en voie d’extinction ?

Jeudi 28 mars 2013

bercy

Combien de scandales sanitaires comme celui que nous sommes en train de vivre faudra-t-il avant de rappeler les pouvoirs publics à leur devoir ? Jeudi 21 mars, les fonctionnaires contrôleurs de la répression des fraudes (la DGCCRF) étaient en grève pour dénoncer une « hécatombe » dans leurs rangs. Depuis 2007, leur nombre a baissé de plus de 15 %, et leur activité a reculé de 20 % rien que sur les deux dernières années. Comment s’étonner, dès lors, que des fraudes massives à la viande soient constatées dans notre pays ?

Sous la précédente législature, des membres du gouvernement comme Christine Lagarde ou Benoist Apparu ne s’étaient pas gênés pour asséner que les contrôles, c’est le boulot des associations de consommateurs ! Des propos qu’il est devenu difficile d’assumer ces derniers temps… Si la conjoncture économique et le déficit public sont des problèmes que nul ne peut ignorer, la sécurité des consommateurs est une priorité absolue. Il serait donc grand temps de dresser un bilan officiel et complet de l’application de la RGPP, que j’ai eu l’occasion de critiquer à maintes reprises, à la DGCCRF et  sans doute de rétropédaler pour sauver la régulation administrative des marchés !

Défiance vis-à-vis des médicaments : pourquoi ça te gêne Eric ?

Jeudi 13 décembre 2012

medicaments

La lecture de l’article du Parisien publié lundi a de quoi donner le vertige : le quotidien y fait état d’une bien moindre confiance des Français qu’auparavant dans les génériques et indique que les consommateurs ignorent que 80 % des médicaments génériques sont fabriqués en Asie. Comme Jean, Nadia, Denise et Eric, de nombreux internautes se sont indignés des prétendus risques sanitaires induits par ces médicaments à bas coûts. Méfions-nous des explications à l’emporte-pièce et rétablissons plutôt quelques vérités :

Il est trompeur d’opposer médicaments princeps produits en France et génériques fabriqués en Chine ou en Inde. De nombreux princeps sont fabriqués en dehors de l’Union européenne ; et les médicaments fabriqués en France peuvent l’être à partir d’ingrédients importés (c’est par exemple le cas du Doliprane) ! Il est plus trompeur encore d’assimiler médicaments importés et insécurité sanitaire. La provenance, déjà difficile à tracer, ne saurait être une garantie de l’innocuité d’un produit. Faut-il rappeler le triste exemple du Médiator « made in France » ? La sécurité sanitaire  exige des contrôles rigoureux, quels que soient le lieu de fabrication et le statut du médicament !

En tout état de cause, il est pour le moins surprenant de constater que la polémique autour des génériques est concomitante à une progression continue depuis 2000 de la part de marché de ces médicaments. Depuis quelques mois, le générique souffre ainsi de tous les maux : effets secondaires, matières premières non contrôlées, sans oublier l’argument tendance de la destruction d’emplois. Les avantages des génériques sont quant à eux largement tus, alors même qu’ ils permettent, dans un contexte des plus contraints, d’alléger les dépenses de l’Assurance maladie, ce qui peut contribuer à éviter de nouveaux transferts de charges sur les usagers. Enfin, la politique actuelle ne fait pas du générique l’alpha et l’oméga puisqu’il faut rappeler la liberté des médecins, qui doit être maintenue, de prescrire des princeps non substituables lorsque la situation d’un patient le nécessite.

Alors oui, je m’étonne de la tournure d’un débat où la passion semble prendre le pas sur la raison. Si la France n’est pas en avance s’agissant de la généralisation des génériques, ce n’est pas en cédant à des explications anxiogènes qu’elle rattrapera son retard. Bref, en matière de génériques, la France ne souffrirait-elle pas d’hypocondrie ?

Mediator : le fonds d’indemnisation est en place

Mercredi 7 septembre 2011

medicaments

Enfin ! Le 1er septembre, un fonds d’indemnisation a été mis en service pour réparer les graves dégâts provoqués par le Mediator sur la santé de milliers de patients. Le fonds, chapeauté par l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux, devrait permettre d’accélérer considérablement le processus. Si sa création va évidemment dans le bon sens, l’UFC-Que Choisir entend faire partie du conseil d’orientation qui en déterminera la politique, afin de s’assurer d’une indemnisation juste, équitable et rapide.

Le scandale du Mediator et l’inertie des autorités sanitaires ont profondément remis en question notre système d’évaluation du médicament. Le gouvernement vient de déposer un projet de loi qui affiche l’ambition de refonder le dispositif de sécurité sanitaire. Transparence quant aux liens d’intérêts, refonte de l’Afssaps, renforcement de la pharmacovigilance… Si la plupart des principes vont dans le bon sens –je ne regrette qu’une grande timidité concernant l’encadrement des visiteurs médicaux-, l’UFC-Que Choisir sera très vigilante quant à la mise en œuvre de ces promesses !