Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘Sécurité sociale’

Censure de la campagne sur le prix des médicaments : la pilule ne passe pas !

mardi 28 juin 2016

medicaments

A l’heure où les dépenses de la Sécurité Sociale ne cessent d’augmenter, les prix des médicaments continuent aussi de grimper. En mai dernier, l’UFC-Que Choisir s’insurgeait du prix exorbitant du traitement contre l’Hépatite C, favorisant les marchés parallèles. Est-il normal qu’un traitement pour soigner l’Hépatite C soit vendu 41 000 euros, alors que la production ne coûterait qu’une centaine d’euros ? Le conditionnel est de rigueur puisque le problème principal dénoncé par la campagne publicitaire de Médecins du Monde repose justement sur le manque de transparence dans la fixation des prix des médicaments, empêchant une estimation précise des coûts. Il est regrettable que les laboratoires pharmaceutiques décident, cavaliers seuls, du « prix de la vie », porte ouverte à toutes les dérives. Les arguments  avancés par les laboratoires (coût de la recherche – coût de production – bénéfices thérapeutiques à la hauteur des prix) ne justifient en rien ces écarts. Cette explosion des prix a des conséquences sur notre système de santé : des patients exclus de certains traitements…  Il est impensable que de nos jours les médicaments soient rationnés de cette sorte.

A travers ces messages forts (« Une épidémie de grippe en décembre c’est le bonus de fin d’année qui tombe »), l’ONG montre que les laboratoires s’en mettent plein les poches au détriment de la santé des citoyens.  Je me joins au combat de Médecins du Monde pour rappeler que les médicaments ne sont pas des biens de consommation comme les autres et qu’il est de la responsabilité de l’Etat d’assurer des prix plus bas, accessibles à tous. Il est encore plus regrettable d’en arriver là dans la mesure où l’Etat dispose des moyens nécessaires pour réguler ce marché.

Je regrette que la campagne publicitaire choc de Médecins du Monde ait été censurée sur fond d’arguments inopérants… L’explication la plus ridicule étant « des allégations chiffrées qui ne sont pas sourcées »! Combien d’allégations non sourcées dans des publicités passent chaque jour entre les mailles du filet ? Cette censure par l’Autorité professionnelle montre encore une fois, les limites du système de régulation publicitaire et l’influence et  le poids des lobbies pharmaceutiques.

Alors que les ministres de la Santé des Etats membres de l’UE réalisent tout juste que le système de santé européen est plombé par des prix du médicament toujours plus élevés, l’UFC-Que Choisir appelle la Ministre de la Santé à se pencher réellement sur ce problème de santé publique, et nous tous à relayer la campagne de Médecins du Monde sur nos relais de communication : réseaux sociaux, etc…

Mutuelles étudiantes : après les études accablantes, à quand le recalage ?

lundi 25 mai 2015

mutetu
Après l’UFC-Que Choisir, la Cour des Comptes, les parlementaires, les syndicats étudiants, c’est le Défenseur des Droits qui dresse un constat au vitriol du fonctionnement des mutuelles étudiantes dans un rapport au nom révélateur : «accès des étudiants aux soins : leur protection sociale est-elle à la hauteur des enjeux ». Cette nouvelle charge, sur la base de témoignages de nombreux étudiants, loin de me surprendre m’amène néanmoins à m’interroger sur le volontarisme des pouvoirs publics à remédier aux nombreux dysfonctionnements dénoncés, aussi dommageables pour la santé des étudiants que coûteux pour les finances publiques.

L’UFC-Que Choisir a ainsi jeté le pavé dans le marre dès 2012 en dénonçant les errements de la protection sociale étudiante et en appelant au retour au droit commun… La Cour des Comptes a enfoncé le clou en 2013. Cet appel, entendu par les Sénateurs, n’a pas encore été reçu par les députés et ni par le gouvernement. Qu’attend donc le Ministère de la Santé pour prendre à bras le corps ce sujet ? Qu’attend l’Assemblée nationale pour examiner la proposition de loi adoptée au Sénat l’an dernier, tendant à ramener dans le giron de la sécurité sociale la protection sociale des étudiants ? L’urgence est d’autant plus grande que la situation financière de la LMDE, la principale mutuelle étudiante, continue à inquiéter. Elle a obligé le gouvernement à imaginer un bricolage précaire, où derrière une coûteuse façade LMDE, s’agiteront l’Assurance maladie et une mutuelle privée. C’est ne pas se donner tous les moyens d’une amélioration de la qualité de service LMDE. Et c’est oublier tout espoir de simplification du système, d’autant que perdurera la concurrence malsaine avec les mutuelles étudiantes régionales, demeurées elles sans lien avec l’Assurance maladie. L’accès aux soins des étudiants ne serait-il pas une priorité ?

Accès aux complémentaires santé : le mauvais remède du PLFSS

lundi 18 novembre 2013

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Les sénateurs ont rejeté, la semaine dernière, le budget de la sécurité sociale. Sans me prononcer sur le fond de ce vote, je tiens à alerter ici sur les inconvénients d’une des mesures du texte : l’article 45 sur l’aide pour une complémentaire santé (ACS). L’ACS est une aide financière proposée aux personnes dont les revenus se situent au-dessus du plafond de la CMU mais qui n’ont pas les moyens de se payer une complémentaire. Jusqu’à présent, les bénéficiaires pouvaient choisir n’importe quelle complémentaire sur le marché. Mais le texte propose de réserver l’ACS à des produits sélectionnés sur appel d’offre ! Une mauvaise nouvelle pour les personnes éligibles, qui risquent d’être contraintes de changer de contrat, voire d’organisme complémentaire… sachant que les démarches de résiliation et d’adhésion sont souvent lourdes. Je regrette ces nouvelles modalités qui font perdre à l’ACS son caractère non-stigmatisant en obligeant les bénéficiaires à choisir un « contrat pour pauvres ». Au final, la mesure risque surtout d’être contre-productive en réduisant le recours à l’ACS.

Autre disposition contestable –toujours s’agissant des complémentaires santé : les « contrats responsables » devront dorénavant prévoir un niveau minimal de prise en charge. Voilà qui laisse entrevoir une hausse des cotisations des contrats d’entrée de gamme, et donc une (nouvelle) aggravation du problème de l’accès à la complémentaire santé… alors que 4 millions de Français se passent déjà de mutuelle.

Enfin, le budget de la Sécu a décidé de s’attaquer, disons… à la marge… au problème du prix des lunettes. Le texte étend aux bénéficiaires de l’ACS l’accès au dispositif d’encadrement des tarifs optiques. Sans même parler des difficultés de mise en œuvre, j’y vois une mesurette très insuffisante pour résoudre le problème des prix de l’optique, qui dépasse largement le cadre des populations défavorisées –pour rappel, les Français ont aujourd’hui le budget lunettes le plus élevé d’Europe ! Or, si les opticiens pratiquent des prix plus bas auprès du public défavorisé, devinez un peu auprès de qui ils vont refaire leurs marges ?

Les parlementaires se réunissent ce soir en petit comité pour tenter de trouver un accord sur le budget de la sécurité sociale : j’espère qu’ils ouvriront l’œil –et le bon !- sur ces questions…

Cour des Comptes/UFC-Que Choisir, même(s) combat(s) !

jeudi 26 septembre 2013

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A la lecture du rapport de la Cour des Comptes sur la Sécurité sociale paru la semaine dernière, j’ai eu une vraie satisfaction : celle de voir que les analyses de la Cour confortent les constats de l’UFC-Que Choisir sur le prix de l’optique, et sur la mauvaise gestion des mutuelles étudiantes !

L’UFC-Que Choisir dénonçait au printemps des lunettes bien trop chères, la faute à des opticiens trop nombreux (+47 % de points de vente depuis 12 ans) et qui doivent marger lourdement sur le peu de lunettes qu’ils vendent. La Cour des Comptes dénonce le manque de régulation du secteur, qui se traduit pour l’UFC-Que Choisir par un surcoût de 510 millions d’euros par an pour les consommateurs, et par un prix de vente moyen de 470 euros ! Il y a donc urgence à voir les réseaux de soins faire baisser significativement les tarifs de l’optique.

Sur la question des mutuelles étudiantes, la Cour confirme encore le bilan dressé par l’UFC-Que Choisir il y a un an, où nous pointions un service rendu catastrophique (la LMDE répond à un appel sur 14, et avait accumulé en février dernier la bagatelle de 200 000 courriers de réclamation en attente de traitement!). Cartes vitales aux abonnés absents, flou savamment entretenu sur le caractère facultatif des complémentaires santé… Et surtout un coût énorme pour la collectivité : 93 millions d’euros ont été engloutis par les mutuelles étudiantes pour les seuls frais de gestion en 2011. Après les sénateurs fin 2012, je me réjouis de constater que c’est à la Cour des Comptes de rejeter le statu quo, et de prôner une gestion des étudiants directement par la Sécurité sociale, ce qui représenterait une économie de 69 millions selon la Cour !

Les parlementaires ne peuvent plus rester les bras croisés. Alors que les députés s’apprêtent à discuter du budget de la Sécurité sociale pour 2014, et que la proposition de loi sur les réseaux de soins doit également leur être soumise en deuxième lecture, les occasions ne manquent pas de procéder à ces réformes salutaires !

Les mutuelles étudiantes sur la sellette

mardi 8 janvier 2013

mutetu

Après 8 mois de travaux, les sénateurs Catherine Procaccia et Ronan Kerdraon ont rendu public leur rapport d’information sur la sécurité sociale et la santé des étudiants. Des conclusions très attendues, tant la dégradation du service fourni par les mutuelles étudiantes et le coût élevé qu’elles représentent pour la collectivité sèment le doute sur le maintien de la délégation de gestion de la sécurité sociale étudiante.

Si les constats dressés par les deux sénateurs sont justes (la sécu des étudiants est un dispositif opaque et complexe), un détail est passé sous silence –oh, bien peu de choses : le coût !! Selon l’UFC-Que Choisir, la réintégration des étudiants dans le régime de leurs parents permettrait de faire économiser plus de 90 millions d’euros à la collectivité, c’est-à-dire le montant de la subvention publique accordée pour couvrir les frais de gestion.

Quel dommage alors que le rapport ne prenne pas clairement position, proposant trois scénarios pour l’avenir sans en privilégier un. Certes, les sénateurs reconnaissent que « le statu quo n’est guère envisageable » -ouf ! Ils soumettent donc trois hypothèses, parmi lesquelles la réintégration des étudiants au régime de leurs parents, solution que je privilégie car elle a l’avantage d’être simple, économique et facilement compréhensible par les étudiants. Comme le font remarquer les auteurs, cette perspective n’empêche aucunement de mener des actions à destination de cette population qui, bien qu’en très bonne santé dans sa large majorité, présente des risques spécifiques. Voilà qui met à mal l’un des principaux arguments des mutuelles étudiantes pour défendre leur survie… Le conte de Noël de la gestion paritaire (la sécu étudiante gérée par les étudiants) a vécu : les cotisations comme les prestations sont de toute façon fixées par l’Etat.

Les mutuelles étudiantes représentent aujourd’hui un surcoût important pour la collectivité. Ces fonds seraient mieux employés à assurer une vraie prévention chez les étudiants. Une réforme de fond de la sécurité sociale permettrait qui plus est d’offrir aux étudiants un service de qualité. En ce début d’année, le gouvernement serait bien inspiré de prendre cette bonne résolution !