Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

Articles liés au mot clé ‘soins’

Accès aux soins : à l’ouest, toujours rien de nouveau…

lundi 24 février 2014

mutetu…A l’est non plus d’ailleurs ! En France, le délai moyen pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmo s’établit aujourd’hui à 77 jours (soit deux mois et demi), d’après une enquête réalisée par Yssup Research. Un chiffre alarmant, qui certes ne surprendra pas grand monde, mais qui cache d’effarantes disparités puisque dans la Loire on atteint les 7 mois d’attente, et encore : après avoir contacté une vingtaine de spécialistes dont les deux tiers n’accordaient plus aucun rendez-vous ! C’est à Paris, dans les Hauts-de-Seine, les Alpes-Maritimes et les Bouches-du-Rhône que les délais d’attente sont les plus « courts » (en moyenne de 24 à 40 jours).

Ces chiffres doivent être croisés avec ceux de la fracture sanitaire que l’UFC-Que Choisir dénonce depuis 2012. Car le problème de la répartition géographique des médecins, à l’origine de ces intolérables disparités, n’est pas le seul : le temps d’attente est aussi beaucoup plus élevé en secteur 1 qu’en secteur 2 ! Notre étude de 2012 relevait 109 jours d’attente en secteur 2, mais 153 jours en moyenne en secteur 1 (soit un délai accru de 40 %) ! Et pour cause : rares dans beaucoup de régions, les ophtalmos ne facturant pas de dépassement d’honoraires deviennent parfois carrément inexistants dans certaines zones ! Les « patients » n’ont jamais aussi bien porté leur nom…

Données de santé: exigez leur libération, faites comme moi, signez la pétition !

vendredi 25 janvier 2013

petition

Voilà l’appel lancé ce matin par l’UFC-Que Choisir qui, je l’espère, fera le buzz sur Twitter et autres réseaux sociaux. En effet, à l’heure de la politique d’ouverture des données publiques dans tous les domaines, comment admettre qu’un secteur aussi crucial que celui de la santé  reste en dehors de la dynamique?… Echaudée par la confiscation par les pouvoirs publics de données essentielles permettant d’améliorer la transparence quant au fonctionnement et aux performances de notre système de santé, l’UFC-Que Choisir a initié avec d’autres acteurs de la société civile (chercheurs, consultants et journalistes, assureurs, entrepreneurs, etc.)  une pétition, ouverte à tous, à l’attention du ministère de la Santé et intitulée « Libérez nos données de santé ». Comme l’indique le texte de ce manifeste, les enjeux sont importants : ils touchent à la fois aux finances de l’usager, aux comptes publics, à l’accès à des soins de qualité pour tous et in fine à la santé de chacun d’entre nous.

Faut-il en effet rappeler que pour son étude de la « fracture sanitaire » française, l’UFC-Que Choisir a dû engager d’importants frais pour aspirer les données sur le site AMELI quant à l’offre et aux tarifs des médecins en France, faute de pouvoir les obtenir directement et simplement auprès de l’Assurance Maladie ? Il en fut de même pour le quotidien Le Monde… Pourquoi une telle opacité dans le domaine de la santé, d’autant que chaque ministre s’est engagé, lors du premier Conseil des ministres, à mettre en place l’open data dans son champ d’intervention ?

Alors, faites comme moi, participez à l’initiative transparence santé, en signant et relayant largement la pétition. Le message est simple : libérez nos données !

Santé à crédit

jeudi 10 janvier 2013

dentiste

Bonne année, bonne santé vous dira bientôt votre banque… Souscrire un crédit pour faire face à une dépense de santé, voilà ce que propose le Crédit municipal de Paris à compter de cette année avec un nouveau prêt dédié, au taux d’intérêt de 2,95 % et plafonné à 3000 euros. L’idée choque, et pour cause… Mais elle recouvre une réalité sociale de plus en plus répandue : le renoncement aux soins pour des raisons budgétaires. En France, 15 % des Français ont déjà renoncé à se faire soigner faute de moyens ! Premiers concernés : les soins optiques et surtout dentaires, coûteux et mal remboursés ; alors que l’Assurance maladie ne prend en charge que 75,25 euros par couronne dentaire, les prix constatés varient de 400 euros à 1000 euros selon les départements, laissant à la charge de l’usager et/ou de sa complémentaire santé une somme qui peut dépasser les 900 euros !

Ce reste à charge pénalise plus encore les 3,5 millions de Français dépourvus de complémentaire santé, et ceux dont le niveau de couverture est insuffisant ; le financement des dépenses imprévues s’avère alors très problématique. Ceux qui ne jettent pas l’éponge décident parfois de souscrire un crédit renouvelable pour faire face. L’initiative du Crédit municipal, qui propose un crédit amortissable à un taux faible, a le mérite d’attirer l’attention sur ce phénomène et d’offrir une alternative moins coûteuse que le crédit renouvelable (…qui frôle les 20 % de taux d’intérêt !).

Cette situation préoccupante est la conséquence de la progression rapide du coût de la santé pour les ménages. Déremboursement, dépassements d’honoraires, coût des mutuelles : sur les cinq dernières années, alors que les revenus des Français ont peu progressé du fait de la crise économique (+ 11 %), les dépenses de santé à leur charge (paiements directs et cotisations de complémentaire santé) ont augmenté de 25 %, soit un fardeau supplémentaire de 8,8 milliards d’euros par an. Très lourd, trop lourd à porter pour de plus en plus de Français.

Marisol Touraine met la pédale 12 sur les déserts médicaux

mercredi 19 décembre 2012

deserts

La semaine dernière était décidément celle des fétichistes du 12 ! Pour lutter contre la désertification médicale, Marisol Touraine vient de présenter un plan de… 12 mesures. Mais ce chiffre magique, symbolique, ne fera pas de miracle ici non plus, tant il aurait mieux valu une seule mesure forte en lieu et place de ces 12 mesurettes, ce saupoudrage délicat à haute teneur en inefficacité ! Les propositions de la ministre de la Santé ressemblent à une guirlande de slogans : « 200 praticiens territoriaux de médecine générale dès 2013 » (face aux millions de Français qui vivent dans un désert médical ça risque d’être un peu juste !),  «garantir un accès aux soins urgents en moins de 30 minutes », « conforter les centres de santé »… Des idées très en-deçà de l’enjeu.

Le gouvernement a donc choisi la voie de l’incitation, espérant réussir par des propositions timides là où ses prédécesseurs ont échoué. Dommage que François Hollande ne s’en soit pas tenu à ses promesses de campagne : limiter l’installation de médecins dans les zones surdotées et plafonner les dépassements d’honoraires ! Plutôt que de faire mine de s’occuper des déserts, le Président de la République ferait mieux de s’occuper des trous… de mémoire !

Médecins et réseaux de soins : un lobby trop zélé ?

vendredi 7 décembre 2012

feuilledesoins

Après le sketch de la négociation des honoraires, voilà que certains lobbies de médecins livrent bataille contre une proposition de loi sur les réseaux de soins mutualistes.

Fin octobre, les négociations ont échoué à limiter réellement les dépassements d’honoraires. Sur ce est arrivé en discussion au Parlement un texte déposé par le député Bruno Le Roux visant à conforter les réseaux de soins créés par les mutuelles, qui conventionnent des professionnels de santé. Ce dispositif permet d’obtenir des baisses de tarif et, nous dit-on, de contrôler la qualité des soins. De leur côté les assurés voient leur reste à charge réduit. D’après la députée Fanélie Carrey-Conte, rapporteure du texte, les réseaux offrent « des tarifs moyens inférieurs de 30 % aux tarifs des autres professionnels. » Un effort appréciable quand on sait que plus de 15 % des assurés ont déjà renoncé aux soins pour des raisons budgétaires…

Je suis favorable à ce système en plein essor, à la condition expresse de préserver une totale liberté pour les assurés de se faire soigner en dehors du réseau. Mais il ne soulève pas, et c’est un euphémisme, un enthousiasme délirant chez les professionnels de santé, qui poussent les hauts cris à la moindre tentative de toucher à leur autonomie tarifaire.

Conséquence : les députés, qui ont adopté le texte, l’ont amendé afin d’exclure toute possibilité de baisse de tarif chez les généralistes et les spécialistes, ce qui en réduit sérieusement l’intérêt -surtout s’agissant des spécialistes, plus enclins aux dépassements d’honoraires ! Cette restriction a été soutenue par la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Or le texte visait à assurer la sécurité juridique des réseaux de soins, qui concernent aujourd’hui principalement les opticiens, dentistes et audioprothésistes. Ce faisant le dispositif n’interdit pas la création de réseaux de médecins, mais ils ne pourront pas proposer de baisse de tarif, ce qui en réduit sérieusement l’intérêt ! Les médecins se protègent donc de l’extension de réseaux de soins qui actuellement ne les concernent pas, voulant à tout prix éviter qu’ils viennent un jour marcher sur leurs plates-bandes et limiter leur liberté d’honoraires. On n’est jamais trop prudent !! Reste à savoir ce que les sénateurs feront de ce texte qui n’est pas encore à leur ordre du jour…