Consommateur, si tu savais…

Le Blog d'Alain Bazot, Président de l'UFC-Que Choisir

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Cet été encore, itinérance rime avec vigilance !

vendredi 26 juillet 2013

roaming

Enfin, les vacances… Certains d’entre vous vont partir ou sont déjà partis loin de notre douce France. Cette année encore, je leur conseille d’être vigilants quant à l’utilisation de leur téléphone portable ! Certes, si vous partez dans l’Union européenne cet été, les tarifs ont encore baissé au 1er juillet. Comme chaque année, les plafonds des prix en itinérance dans l’UE diminuent… mais cette avancée reste limitée car les plafonds sont décorrélés des coûts réels. Il vous en coûtera encore jusqu’à 45 centimes par mégaoctet téléchargé, 24 centimes par minute d’appel donné, 7 centimes pour les appels reçus et 8 centimes par SMS envoyé (contre 70, 29, 8 et 9 centimes respectivement pour les plafonds 2012). Du mieux, certes… Mais le téléchargement d’un gigaoctet peut encore coûter jusqu’à 450 euros, les opérateurs ayant la fâcheuse tendance d’aligner leurs tarifs sur les plafonds !

Il ne tient qu’à Neelie Kroes de faire de ces calculs d’apothicaire une relique du passé : la commissaire doit en effet formuler, au mois de septembre, des propositions sur le marché unique des télécommunications. Je souhaite qu’elle aille au bout de cette idée et profite des vacances pour mettre en œuvre l’Europe des télécoms. Bonnes vacances à tous… Je vous donne, ainsi qu’à Neelie Kroes,  rendez-vous en septembre !!!

Hadopi : la répression en marche forcée, l’offre légale toujours au bord du chemin !

mercredi 22 septembre 2010

loi-creation-internet-artistes

Ca y est ! Après le bourbier législatif que constitua la discussion du ou plutôt des projets de loi Hadopi, le bourbier juridique des différents recours auprès du Conseil d’Etat sur ces textes à la vision liberticide et réductrice de l’Internet, la marche forcée vers la répression massive du téléchargement a été entamée hier… En effet, l’Hadopi vient de confirmer qu’elle venait d’envoyer les premières demandes d’identification des adresses IP procédant à des téléchargements aux fournisseurs d’accès à Internet… Le gouvernement s’est bien gardé d’officialiser cette nouvelle.

Il faut dire que l’Hadopi fait la preuve de son désengagement sur un sujet attendu par tous, à savoir le développement de l’offre légale. Rappelons en effet que, fraîchement nommé ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand avait indiqué que la répression du téléchargement s’accompagnerait du développement de l’offre légale. Le rapport Zelnik commandé dans ce cadre et rendu en janvier dernier, reprenait d’ailleurs une proposition de l’UFC-Que Choisir sur la gestion collective, qui aurait permis de développer l’offre légale. Mais le lobby de l’industrie culturelle s’y est opposé et un médiateur a été nommé -Emmanuel Hoog. Mais rien n’a été fait depuis… Emmanuel Hoog a été nommé à l’AFP et le développement de l’offre légale est resté dans les cartons ! Loin de se développer, l’offre légale est même en repli comme l’illustre la disparition du site Jiwa. Bref, avec l’amorce du système Hadopi hier, le gouvernement semble bel et bien décidé à fermer le robinet de la culture via le téléchargement, sans pour autant ouvrir les vannes des alternatives légales… C’est quand même un comble qu’en matière numérique, l’accès à la culture se fasse en très bas débit !

Orange surfe sur la peur du gendarme Hadopi

lundi 5 juillet 2010

zelnik

Certains opérateurs ont, semble-t-il, vu dans la loi Hadopi un moyen facile de gonfler leur chiffre d’affaires. Orange a donc lancé, courant juin, une option « contrôle de téléchargement » pour la modique somme de deux euros par mois (sans engagement : ouf !). Cette brillante invention consiste en un logiciel de sécurisation de votre PC, permettant d’empêcher toute action de téléchargement illégal en peer to peer. Le logiciel a d’ailleurs été présenté en premier lieu comme une réponse à une obligation d’Hadopi, avant que l’opérateur ne se rétracte. Heureusement qu’Orange est là pour apaiser les angoisses des internautes… Au passage, je trouve assez amusant que ce logiciel sorte deux mois après l’entrée en fonction de Christine Albanel, nouvelle directrice de la communication d’Orange et ex-ministre en charge de la promotion du dispositif Hadopi.

Mais après examen, le tout jeune « contrôle de téléchargement » consiste en un simple logiciel qui bloque eMule, BitTorrent et compagnie. Et ne protège que les ordinateurs (…sous Windows, tant pis pour les autres !) et pas l’adresse IP, dont l’utilisation frauduleuse a pourtant fait couler beaucoup d’encre durant les débats sur Hadopi. Déjà, l’histoire commençait mal pour le dernier-né d’Orange. Pas de chance : les cracks de l’informatique n’ont pas tardé, en plus, à lui découvrir plusieurs malformations, notamment liées à la sécurité du logiciel. Après seulement quelques jours, Orange s’est vu obligé, la mort dans l’âme sans doute, de suspendre la commercialisation de cette option payante, par « principe de précaution ». Le constat que, dans l’intervalle, seuls une vingtaine d’internautes avaient adopté le logiciel, a sûrement facilité cette décision. Je vous demande une minute de silence à la mémoire du « contrôle de téléchargement ». Le chagrin des internautes sera sans doute accru par l’annonce d’Orange qu’on ne l’y reprendrait plus…

Hadopi : après la claque pédagogique du Conseil Constitutionnel, le gouvernement tend l’autre joue !

mercredi 17 juin 2009

Mercredi 10 juin, le Conseil constitutionnel a riposté à la « riposte graduée » proposée par le projet de loi « Hadopi » en amputant le texte de sa disposition la plus emblématique, la coupure de l’accès à internet. Le gouvernement a beau tenter de sauver la face, en se répandant sur le prétendu durcissement de la loi que constituerait le recours au juge pour décider de la coupure effective, ces rodomontades ne trompent personne : les Sages ont bel et bien censuré le dispositif que l’UFC-Que Choisir dénonce depuis des mois sur ca-va-couper.fr !

Après les diatribes de son cabinet à l’égard des opposants à la riposte graduée, Mme Albanel serait bien mal inspirée de dire que le Conseil Constitutionnel, c’est « 9 gus dans un garage » !

Pour autant, il semble que la surdité du gouvernement à l’égard des critiques contre le dispositif de la riposte graduée s’aggrave ! En effet, c’est à une véritable campagne de désinformation que l’on assiste aujourd’hui… Comment peut-on dire que le recours au juge, gardien des libertés, serait plus répressif qu’une sanction infligée par une autorité administrative à l’égard de personnes simplement suspectées de téléchargement illégal ? Quelle belle image du « juge » que de le cantonner à un rôle purement répressif ? Faut-il rappeler au gouvernement, comme le fait le Conseil Constitutionnel que l’accès au juge et le droit au procès équitable appartiennent aux principes constitutionnels ?

Non seulement sourd, le gouvernement s’entête dans son aveuglement… Plutôt que de rouvrir le débat entre tous les acteurs intéressés afin de trouver un compromis, il entend passer en force… La loi a été promulguée, sans la sanction, et un texte ré-instaurant un volet répressif devrait arriver très vite au Parlement !

Mais les sages n’ont pas dit leur dernier mot… En effet, si le gouvernement avait lu en détail la motivation de la décision du Conseil Constitutionnel, il aurait remarqué que toutes les objections n’avaient pas été soulevées… La décision mentionne clairement que pour censurer la riposte graduée, il n’était pas besoin d’examiner d’autres moyens que celui de la liberté d’expression et du droit au procès équitable. Cela signifie qu’il existe bel et bien d’autres griefs. Après avoir été le feuilleton de l’année, la loi Hadopi risque donc d’être la saga de l’été !

Loi Création et Internet : le silence complice des artistes français !

lundi 30 mars 2009

Madame Albanel a raison : il faut regarder ce qui se passe dans les autres pays d’Europe pour prendre la mesure de la pertinence du projet de loi Création et Internet. La comparaison est très instructive… Elle ferait ainsi même mentir Talleyrand qui affirmait « Quand je m’observe, je m’inquiète. Quand je me compare, je me rassure ».

Les autorités britanniques, en reniant la pertinence de la coupure de la connexion Internet, avaient déjà porté un coup d’arrêt violent à l’argumentaire de madame Albanel qui citait régulièrement l’empire britannique comme une référence s’agissant de l’instauration d’une riposte graduée. Une nouvelle estocade arrive de l’outre manche et ce geste hautement symbolique ne vient pas du gouvernement mais des artistes eux-mêmes… ceux-là même que madame Albanel prétend protéger avec son projet de loi !

En effet, plus de 700 artistes de la musique anglaise -parmi lesquels Robbie Williams, Annie Lennox, David Rowntree de Blur, Ed O’Brian de Radiohead, Peter Gabriel, Fran Healy de Travis, Nick Mason de Pink Floyd, Mick Jones des Clash, Craig David, Iron Maiden, Soul II Soul, Wet Wet Wet, David Gilmour )- se sont réunis au sein de la Featured Artist Coalition (FAC) pour demander que cesse la criminalisation des consommateurs qui téléchargent.

Ces derniers vont même plus loin en développant un certain nombre de revendications qui prouve à quel point l’artiste est le grand oublié lorsque l’on discute de l’économie de la musique. A l’instar du rappeur Eminem, qui a attaqué Universal Music au sujet de ces émoluments pour l’usage de ses œuvres dans l’univers du numérique, ils mettent ainsi en évidence les déséquilibres dans les rémunérations des artistes qu’ils soient l’interprète principal ou un musicien d’accompagnement.

Et certaines de leurs demandes ne sont pas sans rappeler des demandes qu’a pu formuler l’UFC-Que Choisir dans le rapport soumis à M. Olivennes. Par exemple, ils proposent que les détenteurs de copyright soient obligés d’appliquer la règle dite du « utilisez-le ou perdez-le », en d’autres termes une maison de disque qui n’exploite pas le catalogue d’un artiste perd ses droits dessus.

Les artistes anglais ne sont pas un cas isolé… En 2006, des artistes canadiens tels que Sum 41, Avril Lavigne ou Sarah McLachlan avaient formé une alliance contre les lobbys des majors qui parlaient en leur nom. Ils précisaient d’ailleurs que poursuivre leurs fans était destructeur et hypocrite et que les maisons de disques agissaient contre leur gré.

A ne pas en douter, tous ces artistes ont conscience que les consommateurs, « ces pirates », sont aussi ceux qui les plébiscitent et paient leurs places de concerts et autres produits dérivés qui font l’essentiel de leurs revenus (En effet, seuls 5% des artistes vivraient réellement de la vente de CDs).

Cette prise de conscience n’est pas encore à l’ordre du jour en France… Les artistes français restent dans un silence, complice, qui ne peut être toléré. Certes, on pourrait se réjouir qu’ils ne se bousculent pas pour défendre le projet de loi « Création et Internet ». On se rappelle d’ailleurs que Monsieur Copé a fustigé l’absence de soutien des artistes au projet de loi lors des dernières victoires de la musique. Depuis certains se sont exprimé, mais on se rend vite compte que ceux qui donnent de la voix ne semblent pas vraiment maîtriser les enjeux de ce projet de loi.

C’est pour cela que j’invite tous les artistes, par respect pour leur public qui dépense toujours plus pour soutenir les artistes qu’ils aiment, à s’exprimer. Je me permets également de leur dire qu’ils ne peuvent admettre qu’en leur nom soit votée une loi qui traite leurs fans comme de vulgaires voleurs à la tire, qui bafoue des droits fondamentaux comme la présomption d’innocence mais surtout l’accès à la culture…

S’ils s’enferment dans leur mutisme actuel, ils seront les premières victimes de la guerre déclarée aux consommateurs de musique. Et là, ils ne pourront pas dire qu’ils ne connaissaient pas la chanson !